Le bouddhisme zen, le Japon et Steve Jobs

Le bouddhisme zen a été le premier point de contact entre Steve Jobs et notre pays. Lui qui avait été abandonné et adopté peu de temps après sa naissance a entrepris une véritable quête spirituelle qui l’a notamment conduit à faire une retraite en Inde.

Elle a fini par le mener dans un centre zen de sa Californie natale, dirigé par Otogawa Kōbun, un moine de l’école Sōtō, originaire de la ville de Kamo dans la préfecture de Niigata, dont Steve Jobs fit son maître. Il le nomma conseiller spirituel de Next Inc, la deuxième société qu’il créa. Il l’a aussi invité à célébrer son mariage. Otogawa a parlé des questions profondes sur la vérité évidente et l’essence des choses que lui posait le jeune Steve Jobs, alors que la maîtrise de l’anglais de son maître spirituel laissait encore à désirer.

Jobs était véritablement attiré par l’école Sōtō, au point qu’Otogawa dut à un moment le persuader de renoncer à son idée de se retirer du monde dans le temple Eiheijii de la préfecture de Fukui.

Le bouddhisme zen a exercé une influence qui ne doit pas être sous-estimée sur la philosophie et le sens esthétique de Steve Jobs. Dans ce fameux discours qu’il a donné aux étudiants de Stanford vers la fin de sa vie, il expliquait qu’il se demandait chaque jour comment il le vivrait si c’était le dernier de sa vie, et que cet état d’esprit lui avait permis de prendre de grandes décisions quand il le fallait.

Fidèle à son credo qui voulait que le raffinement suprême est la simplicité, il avait pour idéal des objets simples, dépourvus d’accessoires inutiles. Ce sens esthétique, qui a probablement aussi été marqué par l’influence du Bauhaus, correspond à l’esthétique du bouddhisme zen japonais.

Apprendre des entreprises japonaises, et les concurrencer

Steve Jobs évoque la mémoire d’Akio Morita, un des fondateurs de Sony, lors de la présentation au public de l’iMac (5 octobre 1999)

Jobs a aussi été influencé par la firme japonaise Sony. Son affection pour Morita Akio, un des fondateurs de Sony, est bien connue. Lors d’une présentation de nouveaux produits douze ans jour pour jour avant sa mort, il avait évoqué Morita, disparu peu de temps auparavant, en parlant avec enthousiasme des transistors et de la télévision Trinitron, ajoutant qu’il aurait aimé que Morita puisse s’enthousiasmer pour le produit qu’il dévoilait ce jour-là.

Steve Jobs racontait que les vêtements qui lui sont désormais associés, un jean noir et un pull à col roulé noir Issey Miyake, avaient été inspirés par l’uniforme du personnel des usines Sony. Lorsqu’il avait demandé à Morita qui lui faisait visiter une usine pourquoi les employés portaient tous le même uniforme, ce dernier lui avait expliqué que les vêtements manquaient dans la période de l’après-guerre et que l’entreprise avait dû leur en fournir.

Fortement impressionné par ces propos, Steve Jobs avait envisagé faire porter un uniforme par le personnel d’Apple. Au vu de la forte opposition que ce projet avait suscité chez ses employés, il avait décidé de commander quelques centaines de chemises Issei Miyake pour son propre usage.

Jobs a continué à entretenir des liens étroits avec Sony, jusqu’à la démission d’Idei Nobuyuki. Il avait été invité par Andō Kunitake, qui était alors le PDG de Sony, à prendre la parole lors d’une présentation de nouveaux produits Sony, et il lui arrivait aussi d’aller au concert ou dans des restaurants japonais avec des dirigeants de cette firme.

Quand il venait au Japon, il effectuait parfois des visites non programmées chez Sony, afin de discuter de nouvelles idées de produits, ou de faire part de ses commentaires, et il a beaucoup appris de la manière dont Sony avait créé des magasins gérés directement.

Alps Electric Co. était une autre entreprise japonaise à laquelle il s’intéressait. Il l’avait découverte lorsque Alps Electric Co. était devenu le fournisseur d’Apple en lecteurs de disquettes, un produit utilisé par les ordinateurs personnels à leur débuts, et il s’est rendu dans leurs usines à de nombreuses reprises. Il avait invité des employés de cette société chez Apple pour leur prodiguer ses conseils, et il lui est aussi arrivé de prononcer des discours dans des usines d’Alps Electric Co. Il semble qu’il ait beaucoup appris de cette firme japonaise dans le domaine de l’automatisation des usines.