Un enfant de mère philippine expulsé du Japon

Maria avait 20 ans lorsqu’elle est arrivée au Japon en 1990 avec un visa d’artiste professionnelle. Son père venait de mourir et elle voulait aider sa mère et ses jeunes frère et sœurs. Ses deux jeunes sœurs ont pu aller à l’université grâce à l’argent qu’elle envoyait à sa famille.

Elle a d’abord travaillé dans un « bar à Philippines » où elle a rencontré un homme japonais qui avait 30 ans de plus qu’elle, avec qui elle a eu son fils aîné. Le père de son enfant ne l’ayant pas épousée, elle a perdu son statut d’artiste professionnelle, et elle est rentrée aux Philippines. Lorsque son fils avait deux ans, elle l’a confiée à sa famille et elle est revenue travailler au Japon. Elle a à nouveau trouvé un emploi dans un bar, et a rapidement eu une relation avec un monteur d’échafaudage, dont la mère ne voulait pas qu’il l’épouse. Elle s’est à nouveau retrouvée sans papiers. Son compagnon et elle ont créé une petite entreprise, avec l’argent gagné par Maria comme fonds de roulement. Elle travaillait énormément. Si les femmes philippines continuent à travailler même lorsqu’elles ont fondé une famille, c’est pour envoyer de l’argent au pays. Presque toutes les Philippines installées au Japon le font.

À l’âge de 37 ans, Maria est tombée enceinte et s’est mariée, obtenant ainsi le statut de conjoint de citoyen japonais. Elle a pu faire venir auprès d’elle son aîné qui avait alors 11 ans. Dès son entrée au collège, il a commencé à fuguer fréquemment. Il séchait les cours et passait son temps avec des camarades dans la même situation que lui, avec qui il commettait des vols à la tire et des cambriolages. Maria voyait son fils de moins en moins. Par plusieurs fois, elle sut enfin où il se trouvait grâce à la police.

Il est devenu père à 17 ans mais s’est rapidement séparé de la mère de son enfant. Arrêté pour vol à la tire juste au moment du renouvellement de son visa, il a été expulsé du Japon vers les Philippines.

À la même époque, Maria était revenue aux Philippines avec son cadet. L’entreprise qu’elle avait créée avec son mari avait périclité dans la crise de 2008 et son mari voulait que leur fils apprenne l’anglais à l’école philippine. Maria avait ouvert un salon de coiffure en employant une coiffeuse et y a mis au travail son aîné après son retour. Pendant cinq ans, elle a ainsi vécu entre le Japon et les Philippines avant de décider l’an dernier de revenir s’installer au Japon avec son cadet. Elle ne voulait pas que son enfant perde contact avec la culture et la langue japonaise. Peu de temps après son retour, elle a décidé de divorcer en raison du comportement violent de son mari.

La violence conjugale à l'origine de traumatismes chez l’enfant

Maria avait été exposée presque quotidiennement à la violence physique ou verbale de son compagnon dès le début de leurs relations. Mais ce n’est que lorsque son cadet lui a dit, à l’âge de dix ans : « Maman, ça suffit. Quittons cet homme ! » qu’elle s’est décidée à divorcer.

Cette décision a réjoui plus encore son fils aîné qui vit aux Philippines. Il avait vu sa mère subir les coups de son beau-père dès le moment où il était venu la rejoindre au Japon à l’âge de 11 ans. Son beau-père le battait aussi. Loin de le protéger, Maria le frappait parfois aussi. Troublée par la violence de son mari, elle était incapable de supporter toute désobéissance de la part de ses fils. Son aîné n’a jamais trouvé sa place dans sa famille recomposée, alors que, selon la jeune sœur de Maria qui s’occupait de lui aux Philippines, il avait été un enfant qui parlait facilement à tout le monde tant qu’il habitait là-bas.

Confronté à la violence, il s’est replié sur lui-même et a trouvé un refuge auprès de jeunes délinquants. Maria, elle, n’avait personne à qui parler de ses problèmes.

« Aux Philippines, on pense que les femmes qui se marient avec des Japonais ont de la chance. Je n’avais pas le courage de dire à ma mère ou à mes sœurs que mon mari me battait », explique-t-elle.

Elle n’osait même pas en parler à ses amies philippines du Japon, car elles souffraient elles-mêmes de problèmes similaires et préféraient parler de choses plus plaisantes quand elles se voyaient.