Pour des quotas de pêche

Alors, comment faire ? La mise en place de quotas de pêche est nécessaire, mais insuffisante, pour assurer la durabilité des ressources. Les premiers quotas définissaient simplement un plafond à ne pas dépasser ; quand il était atteint, la pêche était suspendue. Ce système débouche sur une compétition acharnée pour prendre le plus de poissons possible avant d’atteindre le plafond, ce qui entraîne une baisse de la productivité. Pour pêcher plus et plus vite que leurs concurrents, les pêcheurs se sont équipés de bateaux plus rapides et de sonars et autres capteurs pour mieux identifier les bancs de poissons. Quand il n’y a pas de gros poissons, ils pêchent les petits, qui n’ont pas encore de valeur marchande, en espérant que cela leur remboursera les frais de carburant. Dans ces conditions, pêcher coûte toujours plus cher et devient une activité de moins en moins rentable.

Ce problème peut être résolu en attribuant à chaque pêcheur un quota individuel. Cela permet de freiner la surexploitation des ressources. Les pêcheurs n’ayant plus besoin d’aller plus vite que les autres, ils peuvent attendre que les poissons atteignent leur valeur marchande la plus élevée ; ils évitent même de pêcher les petits spécimens à la faible valeur marchande. De ce fait, ils vendent leurs prises plus cher et leur activité devient plus rentable.

La Nouvelle-Zélande, l’Islande ou la Norvège, par exemple, ont introduit ce système dès les années 1980, ce qui leur a permis de développer leur industrie de la pêche. Actuellement, de nombreuses nations comme les États-Unis, l’Union européenne ou encore le Pérou utilisent ce système de quota individuel. Le Japon est l’un des seuls pays à ne pas l’avoir adopté, ce qui explique qu’aujourd’hui, il est le seul à connaître un effondrement de son activité.

Une réforme législative attendue

En décembre 2018, la loi sur la pêche a été réformée lors d’une session extraordinaire de la Diète. Cela faisait 70 ans que cette loi n’avait pas évolué. C’est le point de départ d’une régulation de la pêche au niveau gouvernemental. La législation précédente avait été promulguée après-guerre, dans une période de pénurie alimentaire. Le renforcement de la production alimentaire était alors une urgence, et la loi sur la pêche donnait la priorité au développement du rendement, sans s’intéresser à la durabilité des ressources.

La Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982 prévoit, en même temps que le droit de revendiquer une zone économique exclusive de 200 milles marins le long des côtes nationales, le devoir pour chaque État de gérer les ressources halieutiques au sein de sa ZEE. De nombreux pays pêcheurs ont alors révisé leur législation pour renforcer les régulations nationales.

La récente réforme japonaise ajoute dans les objectifs de la loi une phrase portant sur « l’usage raisonné des ressources halieutiques ». Et l’article 6 du texte stipule que l’administration doit préserver et gérer ces ressources.

De plus, il est prévu d’élargir les quotas de pêche, qui ne portent actuellement que sur huit espèces, et d’introduire les quotas individuels, sous l’impulsion du gouvernement. Le Japon s’apprête enfin à adopter les mesures qui ont permis le développement de l’industrie de la pêche des nations les plus en pointe.

Le Japon peut se prévaloir, en termes de superficie, de la sixième ZEE du monde, qui comprend des aires de pêche d’une qualité exceptionnelle. En adoptant des pratiques raisonnées, l’Archipel peut retrouver son rang de grande nation de la pêche. La réforme législative est une avancée nécessaire dans cette direction, mais le chemin reste tortueux. Dans le cas du thon rouge du Pacifique, dont la pêche a été tôt réglementée, les quotas n’ont pas été respectés par certains pêcheurs ; l’interdiction de pêcher pendant six ans qui les a punis pesant également sur les pêcheurs respectueux des quotas, ceux-ci se sont révoltés et ont attaqué l’État en justice. La récente réforme législative n’est que le point de départ des efforts nécessaires pour remettre sur pied l’industrie japonaise de la pêche, un secteur qui reste à surveiller.

(Photo de titre : pêche au balaou du Japon dans le port de Hanasaki à Nemuro, Hokkaidô. Aflo)