Après la catastrophe du 11 mars 2011...

L’accident nucléaire de Fukushima Daiichi, provoqué le 11 mars 2011 par le Grand tremblement de terre de l’Est du Japon, a radicalement changé la situation. Au lendemain de la catastrophe, les autorités se sont empressées de fermer tous les réacteurs du Japon, décision qui a eu des répercussions à long terme sur les économies rurales dépendantes du secteur nucléaire. L’énergie nucléaire, jadis élément essentiel du mix énergétique japonais, a perdu du terrain à mesure que les nouvelles réglementations rigoureuses appliquées au parc vieillissant des réacteurs du pays ont mis les installations devant l’obligation de choisir entre l’investissement dans de coûteuses modernisations et le démantèlement des unités de production. Vu le peu de projets d’installation de nouveaux réacteurs, les perspectives d’un retour de l’énergie nucléaire semblent minces.

Les efforts du secteur pour mettre les unités de production en conformité avec les normes adoptées après la catastrophe du 11 mars lui ont déjà coûté des centaines de milliards de yens, un montant suffisant pour construire un réacteur entièrement neuf. Confrontées à la montée des coûts, les installations se démènent pour remettre en service les réacteurs arrêtés. Comme aux premiers temps de l’énergie nucléaire, les entreprises locales du bâtiment voient à nouveau l’argent affluer grâce aux projets mis en chantier par les centrales.

Il ressort d’une étude effectuée par le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie que, si les entreprises de services implantées à Tsuruga et Mihama, dans la préfecture de Fukui, ont été durement frappées par les fermetures de réacteur, ces pertes ont été largement compensées par l’augmentation de la demande de travaux de construction. Toutefois, sachant que le Japon est en train de réduire sa dépendance à l’énergie nucléaire, le train actuel de projets liés aux réacteurs risque fort d’être le dernier. C’est une source d’inquiétudes. L’affaire de corruption de Kansai Electric est certes un cas extrême, mais elle reflète le sentiment de crise imminente qui prévaut chez les entreprises locales du bâtiment, bien déterminées à tirer parti de la situation tant qu’il y a de l’argent à gagner.

Les agissements de M. Moriyama et des dirigeants de l’entreprise sont certes répréhensibles, mais il n’en reste pas moins que cette affaire nourrit le point de vue erroné selon lequel tout argent lié au secteur nucléaire est systématiquement de l’argent sale. Il est important d’admettre que la population des villes ayant accepté d’héberger des centrales obéissait indubitablement à des motivations économiques, et que la décision d’augmenter le nombre des unités de production a doté les mairies d’un niveau d’aisance financière qu’elles n’auraient probablement pas connu autrement.

Il n’en reste pas moins que c’est un lourd fardeau que d’avoir une centrale nucléaire dans son arrière-cour, et les subventions compensent les collectivités hôtes en redirigeant une partie des bénéfices économiques des zones urbaines qui profitent le plus de l’électricité générées sur les sites ; les entreprises et les habitants des villes sont favorables à cette formule, où un pourcentage de l’argent de leur facture d’électricité va au financement des subventions. Il est donc injuste d’accuser le système de corruption, alors qu’il existe un lien de réciprocité implicite entre les consommateurs et les villes hôtes.

Lever le voile sur l’argent du nucléaire

L’image publique de l’énergie nucléaire se détériore régulièrement depuis l’accident de Fukushima Daiichi, et le récent scandale de corruption a encore aggravé la méfiance de la population. Les consommateurs doivent toutefois prendre conscience qu’ils sont partie prenante dans cette affaire, dans la mesure où leurs cotisations contribuent substantiellement à définir l’orientation prise par le secteur nucléaire. En vue de reconquérir la confiance du public et d’éviter de futurs incidents, les centrales doivent commencer à mettre en place un large éventail de mesures visant à garantir la transparence en exposant au grand jour les flux complexes de l’argent.

Kansai Electric a fait quelques pas dans cette direction en demandant que l’incident fasse l’objet d’une enquête par une tierce partie. Mais ce n’est qu’un début et beaucoup reste à faire. Faute de mesures concrètes appliquées par l’ensemble du secteur pour empêcher que des scandales similaires se reproduisent, l’énergie nucléaire ne parviendra pas à retrouver la position qu’elle avait auparavant et elle devra se contenter de jouer un rôle d’appoint dans la nouvelle stratégie énergétique du Japon. Une telle issue aurait de sérieuses conséquences tant pour le secteur de l’énergie nucléaire que pour l’activité économique des collectivités qui l’hébergent.

(Photo de titre : grues et autres équipements de construction aux unités de production 1 et 2 de la centrale nucléaire de Kansai Electric à Takahama, dans la préfecture de Fukui, en octobre 2019. Jiji Press)