La pandémie de Covid-19 oblige Médecins Sans Frontières, qui apporte une aide médicale dans les zones et les pays en voie de développement frappés par des conflits, à faire face à des difficultés d’un autre ordre que celles que l’organisation internationale a connues dans le passé. Nous avons demandé à Kurumiya Takashi, chirurgien et nouveau président de MSF Japon depuis mars 2020, quelle était l’attitude de son organisation et les nouveaux défis contre le coronavirus.
Le transport des personnes et des matériels est très touché
Face aux maladies infectieuses émergentes depuis les années 2000, tel le SRAS (Syndrome respiratoireaigu sévère), le MERS (Syndrome respiratoire du Moyen-Orient) ou la fièvre hémorragique Ebola, MSF a étendu ses activités d’aide médicale. Cependant, la pandémie du nouveau coronavirus fait apparaître de nouveaux problèmes. Le Dr Kurumiya Takashi, président de MSF Japon, nous explique :
« L'épidémie d’Ebola, par exemple, s’est propagée en Afrique, où nous étions déjà actifs. Le Covid-19, en revanche, s’est étendu dans le monde entier, et touche en particulier les pays occidentaux qui sont les donateurs institutionnels principaux de Médecins Sans Frontières. Ce qui pose de graves difficultés dans la mesure où les transports de matériels aussi bien que de personnels sont handicapés. »
« Le Japon, qui n’est pas aussi impacté par la pandémie que les pays d’Europe ou les États-Unis, dépêche encore quelques personnes. Mais, en raison des restrictions sur les vols commerciaux, les envois conséquents sont entravés. Et même une fois sur place, du fait des obligations de deux semaines de quarantaine destinées à bloquer la propagation du virus, un temps précieux est perdu. D’un autre côté, la plupart des personnels qui étaient déjà sur place avant les ordonnances de confinement ne peuvent plus rentrer chez eux du fait de l’annulation de leurs vols de retour et prolongent leur mission pour continuer leur activité sur place. »
En d’autres termes, les personnels de MSF en mission sont plus soucieux de l’impact qu’aurait l’arrêt de leur activité sur les populations locales que du risque personnel d'être infectés.
« En ce qui concerne la façon dont nous gérons les difficultés d’acheminement des équipements de protection individuelle (EPI), le manque de masques, blouses et autres, MSF dans son entier continue d'étudier toutes les idées pour répondre au problème. Nous réfléchissons également aux moyens concrets de déplacer les personnels qui pourraient effectivement être contaminés par le virus. »
Le 1er avril, MSF a lancé un appel à candidatures d’urgence pour 4 métiers précis dans le cadre de l’activité contre le coronavirus : des médecins urgentistes, des spécialistes en soins intensifs, des spécialistes d’appareillages médicaux, et des spécialistes de l’eau et de l’assainissement.
Éviter la propagation dans les zones de conflit et les camps de réfugiés
MSF est actif dans environ 70 pays et régions dans le monde entier, où une quarantaine de personnes actuellement relèvent de la section japonaise. La plupart d’entre elles sont impliquées localement dans la lutte contre le coronavirus en plus de leur mission de départ. La priorité absolue est donnée au Burkina Faso, à l’Afrique du sud, au Brésil, dont les systèmes de santé sont au bord de l’effondrement, mais l’organisation apporte même une aide dans certains pays occidentaux qui sont saturés malgré les systèmes médicaux en place.
« Au Japon même, nous examinons d'éventuelles demandes d’action à l'écoute des autorités gouvernementales, locales et des personnels hospitaliers. Par exemple, au niveau des soins pour les sans-abris ou les personnes âgées, nous cherchons à nous rendre utiles pour combler des trous qui pourraient survenir si les autorités locales ou les établissements hospitaliers locaux venaient à être dépassés. »
De fait, des actions locales ont été engagées au Japon. Par exemple, un paquebot de croisière italien, le Costa Atlantica, amarré à Nagasaki depuis le 8 mai, a fait état de membres d'équipage atteints du coronavirus. C’est MSF qui est intervenu pour effectuer des soins.
Toutefois, la crise du Covid-19 ne prendra pas fin si nous ne faisons pas face à l'épidémie dans les pays émergeants et en voie de développement. Le Dr Kurumiya est particulièrement préoccupé par la propagation du virus dans les zones de conflits et les camps de réfugiés.
« Avant même de parler de systèmes médicaux mis en danger par l'épidémie, il faut se préoccuper des zones qui n’ont aucun système de santé digne de ce nom. Si l'épidémie se transmet dans ces zones, les effets seront bien plus dévastateurs que ce qu’ils sont actuellement dans les pays occidentaux. Par exemple, dans les camps de réfugiés. Les habitants y vivent dans une grande promiscuité, avec des problèmes d’alimentation et d’impossibilité de garantir la propreté de l’eau. Si l'épidémie se répand dans ces camps, les effets seront catastrophiques. Dans la mesure où la pression du coronavirus diminue dans les pays développés, il est capital d’expédier les plus grandes quantités possibles d’EPI dans ces zones, et le plus vite possible. Je souhaiterais aussi que le gouvernement japonais conduise une collaboration internationale et s’engage dans la création d’une plateforme d’envoi de matériels nécessaires aux soins contre le coronavirus. »


