Ne s’épargner aucun risque pour parvenir à un règlement pacifique

— Pour finir, pourriez-vous nous dire un mot sur l’état d’esprit dans lequel vous abordez les tâches qui vous attendent en tant qu’ambassadeur du Japon pour le bien-être des minorités ethniques du Myanmar ?

SASAKAWA   Fondamentalement, mon attitude consiste à ne m’épargner aucun risque pour m’acquitter de ma mission.

Dans mon combat contre la lèpre, il m’est arrivé de courir le risque de contracter des maladies dans les jungles africaines, mais en l’occurrence, au Myanmar, il y a la présence des groupes armés. Les risques sont donc considérables. Mais comme le dit le dicton, qui ne risque rien n’a rien. Il est tout simplement impossible de résoudre le conflit ethnique qui sévit au Myanmar sans se rendre dans les zones dangereuses. Et je suppose que je vais devoir le faire un certain nombre de fois.

Le fait que le Japon entreprenne maintenant de participer à la résolution du conflit entre le pouvoir central et les minorités ethniques du Myanmar est lourd de conséquences. Jadis, d’autres pays ont joué un rôle d’intermédiaire dans des conflits — par exemple la Norvège au Sri Lanka ou la Finlande dans la province d’Aceh en Indonésie. Dans ces deux cas, il s’agissait de l’Asie, et pourtant le Japon est resté un simple spectateur. Cette passivité a suscité dans les autres pays de l’ASEAN un sentiment d’effarement et d’indignation.

Je ne nourris pas l’illusion qu’il sera facile de parvenir à un règlement pacifique entre le gouvernement central de Naypyidaw et les groupes ethniques. Mais j’ai le sentiment qu’on pourra convaincre les deux bords de trouver un tel accord si, parallèlement aux pourparlers, on met rapidement en place une assistance dont chacun aura la conviction qu’elle lui apporte des bénéfices tangibles. Je suis résolu à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que le Japon puisse contribuer, au travers d’une telle approche, à résoudre le conflit ethnique qui sévit au Myanmar et, par la même occasion, à préparer le terrain pour une amélioration sensible de la vie des habitants de ce pays.

Traduction d’une interview faite en japonais le 13 juin 2012. Propos recueillis par Harano Jôji, directeur représentatif , Nippon Communications Foundation.

Les photos de l’interview sont de Yamada Shinji.

(*1) ^ Union nationale Karen, Organisation de libération nationale Pao et Organisation pour l’indépendance Kachin.