Pratiquer, pratiquer, toujours pratiquer
Les élèves de Nihonjin no shiranai nihongo utilisent beaucoup de termes empruntés à la culture pop, et en particulier au cinéma, aux films d’animation et aux manga. Umino Nagiko n’y voit rien à redire mais elle pense qu’il faut quand même utiliser ce type de langage à bon escient. « Je crois c’est valable pour tous les pays. Il y a des moments où les citations de Star Wars sont parfaitement bienvenues et d’autres où elles arrivent comme un cheveu sur la soupe. »
Rédaction, sujet « libre » (ci-contre)
- Comme devoir, je vous donne une rédaction.
- Sur quel sujet ?
- [Le sujet] est libre [自由, jiyû]
- Le jour de la remise des copies.
- Voyons le genre de rédaction que vous avez écrit.
- « La liberté » [自由, jiyû] « Qu’est-ce que la liberté dans un État socialiste ? Rousseau a dit que la liberté… »
- Qui vous a dit d’écrire un texte aussi grandiose ?
(Tiré de Nihonjin no shiranai nihongo 2)
Umino Nagiko recommande aussi aux débutants d’utiliser aussitôt les mots qu’ils viennent d’apprendre, en s’entrainant à les dire à haute voix. « Je pense qu’il faut habituer la bouche à les prononcer. Quand on apprend des langues étrangères, on est confronté à des sons auxquels on n’est absolument pas habitué. Il faut donc commencer par s’entrainer à les prononcer. » Umino Nagiko conseille aussi d’écrire les termes nouveaux à la main. « Pour les mémoriser correctement, on ne peut pas se contenter de les regarder. Il faut aussi les tracer soigneusement à la main. »
Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille travailler pendant des heures et des heures. « Consacrer cinq à dix minutes par jour à la lecture à haute voix et à l’écriture, c’est largement suffisant. Ce qui compte avant tout, c’est de le faire régulièrement, tous les jours. » Umino Nagiko ne semble pas aussi exigeante en ce qui concerne l’ordre des traits des idéogrammes (kanji). « De temps à autre, les élèves me disent que je me trompe dans l’ordre des traits. Personnellement, je considère que ça n’a pas beaucoup d’importance. Mais il est vrai que le respect de l’ordre des traits contribue grandement à la beauté des kanji.
Une langue écrite d’un nouveau genre
En tant que professeur de japonais, Umino Nagiko est particulièrement sensible à l’évolution de la langue. Elle est fascinée par la vitesse avec laquelle des mots nouveaux font leur apparition sur la toile. « Rien que sur Twitter, il y a beaucoup de termes que l’on n’entend jamais dans les conversations. C’est vraiment très curieux. Par exemple, on trouve souvent furoru à la place de furo ni hairu, c’est-à-dire ‘prendre un bain’. Et les gens tweetent volontiers furotte kimasu pour dire ‘je prends mon bain et je reviens’. »
Les mots utilisés presque exclusivement dans la langue écrite ont une apparence formelle et guindée qui crée une trop grande distance entre le locuteur et son interlocuteur et empêche leur emploi dans la conversation. Mais comme le souligne Umino Nagiko, « furoru est un terme qui n’a rien de formel. Pourtant, on ne s’en sert pas du tout dans le langage parlé. Je me demande bien pourquoi. »
L’amour des mots d’origine purement japonaise

Après Nihonjin no shiranai nihongo, Umino Nagiko s’est lancée dans la réalisation d’un autre manga intitulé Kokusaijin hajimemashita (Mes débuts en tant que citoyenne du monde), avec le dessinateur Yuzuka Masanari. Dans cette bande dessinée, elle encourage les Japonais à surmonter leurs craintes en matière de barrières linguistiques et à communiquer plus facilement avec les gens des autres pays. Kokusaijin hajimemashita est en outre truffé de détails sur les coutumes, le langage et d’autres données d’ordre culturel. Et comme Nihonjin no shiranai nihongo, ce second manga est accompagné de petits textes rédigés par l’auteur.
En 2016, Umino Nagiko a publié Yamato kotoba tsukaikata zukan (Guide illustré des yamato kotoba), un livre où elle fait preuve d’un amour pour les mots anciens aussi fort que celui qu’elle porte aux néologismes les plus récents. Elle met en effet l’accent sur des termes d’origine purement japonaise (yamato kotoba) puisque antérieurs à la période où la langue de l’Archipel s’est profondément transformée à la suite de l’adoption massive de mots empruntés au chinois. Elle propose ainsi une liste de superbes expressions dont beaucoup sont tombées en désuétude, en montrant comment les utiliser dans la vie de tous les jours.
L’un des yamato kotoba choisis par Umino Nagiko est kigusuri (気薬) qu’elle décrit comme une sorte de remède (kusuri 薬) pour les états d’âme (kimochi 気持ち). « Quand un ami ne va pas très bien, ou qu’il se sent un peu seul, on peut recourir à un kigusuri pour le réconforter. Par exemple, en lui apportant des manga amusants en guise de remède.
Umino Nagiko a une passion sans limites pour le japonais. Quand on lui demande si elle considère l’apprentissage de cette langue comme particulièrement ardu, elle répond : « Non, je ne suis pas d’accord. Les Japonais s’accordent à dire que leur langue est difficile à apprendre, mais elle ne l’est pas autant qu’ils le prétendent. La langue de l’Archipel est difficile à appréhender par certains côtés et pas du tout par beaucoup d’autres. » Des paroles bien encourageantes pour tous ceux qui apprennent le japonais à travers le monde !
(D’après un texte en anglais de Richard Medhurst, Nippon.com, basé sur une interview en japonais d’Umino Nagiko réalisée le 24 mai 2016. Photo de titre et tous les extraits de Nihonjin no shiranai nihongo avec l’amabilité des éditions Kadokawa.)
