Le « goût » unique du sabre court munitieusement décoré

À côté de sa maîtrise des audacieux katana, Miyairi possède un autre visage : celui de créateur de tôsu, les sabres courts, qui possèdent une élégance et une délicatesse bien à eux. Les tôsu étaient particulièrement en usage chez les aristocrates de l’ère Tempyô (729-749) pour qui ils étaient également un élément de parure. La mode était alors de les décorer d’une gravure d’ivoire colorée appelée bachiru très raffinée inspirée de la Chine des Tang. Miyairi est aujourd’hui le seul maître forgeron capable de réaliser un tôsu de bout en bout, de la lame à la gravure, uniquement avec les techniques de l’époque.

— Qu’est-ce qui vous permet de passer avec une telle aisance du monde du katana, extrêmement dynamique et tout en puissance, à celui, tout en raffinement et élégance, des tôsu ?

MIYAIRI  Forger des tôsu si délicats me permet d’acquérir un regard également plus méticuleux sur les katana. On dit que les tôsu étaient portés par les aristocrates, entre l’ère de Tempyô et l’époque de Heian. Mais même aujourd’hui, je reçois régulièrement des commandes pour des tôsu, comme amulette ou porte-bonheur. Et je suis fier de perpétuer cette riche tradition de la culture japonaise ancienne. En 2009, à la demande de l’Agence de la maison impériale, j’ai réalisé la réplique d’un sabre court appartenant au Shôsôin(*1) à Nara. Mais il ne s’agit pas seulement de copie. Il est important de saisir et d’interpréter les techniques et la qualité des matériaux perdus de l’époque. Non seulement par une étude scientifique, mais également par la compréhension de l’atmosphère de la période concernée. D’autant plus que les pièces du trésor du Shôsôin ne peuvent pas être sorties, pas question de les emprunter pour les emporter dans mon atelier. J’avais des photos, mais pour reproduire cette lame sans avoir l’objet même sous la main, cela m’a demandé de me rendre d’innombrables fois à Nara pour rester avec le tôsu du trésor, pendant des heures et des heures en tête à tête. C’est en me laissant envahir de tout mon corps et de toute mon âme par plus de 1 200 ans de présence que j’ai réussi à le reproduire.

Tôsu et fourreau de bachiru, gravé de motifs élégants dans l’ivoire teint.
Tôsu reproduit du trésor du Shôsôin. 72 perles et 16 émeraudes sont incrustées dans un motif de lierre de vermeil.