Recréer un sabre légendaire
Maître Miyairi est également en charge de la reproduction du célèbre sabre Shokudaikiri Mitsutada, appartenant au trésor de la famille Tokugawa de Mito. On dit que les plus grands guerriers ont été pris de passion pour ce sabre, à commencer par Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi, Date Masamune et Tokugawa Mitsukuni. Son nom de Shokudaikiri (« le coupeur de chandeliers ») lui vient semble-t-il d’un épisode au cours duquel Date Masamune, voulant châtier l’un de ses subordonnés, le coupa en deux, et coupa en même temps tous les chandeliers autour de lui. Malheureusement, le sabre était devenu tout noir et avait perdu les hamon lors de l'incendie suivant le grand tremblement de terre du Kantô en 1923. Maître Miyairi l’a donc splendidement reproduit, et il est actuellement exposé au public au Musée Tokugawa de Mito. À noter que le célèbre sabre est également un personnage de Touken ranbu (« Dance folle des sabres »), un jeu vidéo très célèbre au Japon, et la nouvelle de la reproduction du Shokudaigiri a très vite fait le tour de la communauté des fans du jeu.
— Comment avez-vous fait pour reproduire le Shokudaikiri Mitsutada qui était devenu entièrement noir depuis un incendie, sans aucune possibilité de vérifier quel était son état original ? Le seul dessin qui en restait pouvait-il suffire pour le reproduire ?
MIYAIRI Le point essentiel dépasse les questions de technologie et de savoir-faire. Réaliser un sabre qui encapsule en lui et dégage la même atmosphère à partir d’un seul document dessiné, c’est impossible avec sa tête, mais seulement si vous utilisez tout votre corps et tout votre esprit. Le « nuage » chapeautant les motifs en forme de vagues apparus sur la lame se nomme utsuri (« reflet »). Mais on ne fabrique plus de sabres avec utsuri depuis les débuts de l’époque de Muromachi (1336-1573). Or, il semble qu’avant de devenir tout noir, le Shokudaikiri Mitsutada présentait un « reflet » tout à fait caractéristique. Pour le refaire, il fallait donc retrouver et maîtriser une technique totalement oubliée depuis des siècles. Réaliser un sabre porteur d’une telle atmosphère se situe bien au-delà de ce qu’une technique peut obtenir. C’est un état d’esprit. Pour reproduire jusqu’à l’atmosphère, il fallait que je m’efface comme individu créateur de sabres et m’engager dans une approche totalement différente de celle que j’adopte normalement lorsque je travaille. Pour cet ouvrage, avant de réussir un Shokudaikiri Mitsutada convaincant, j’ai dû procéder par tâtonnement. C’était un véritable défi, qui m’a demandé d’aller au-delà de mes propres capacités.
(D'après un original en japonais du 15 février 2018. Interview et texte : Kutsuwada Satsuki. Photos : Kimura Naoto)(*1) ^ Pavillon en bois construit dans l'enceinte du temple Tôdaiji à l’ère Tempyô, il abrite une grande partie des trésors impériaux de l’empereur Shômu et de l’impératrice Kômyô. Il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco avec « l’ancienne capitale impériale de Nara ».
