À la recherche de l’essence de la culture japonaise perdue
Les paroles de Sano Tôemon ont souvent rapport à la profondeur de la culture japonaise. Elles résonnent comme la douleur d’un homme pour qui l’essence de cette culture est en train de se perdre.
« Dans n’importe quel pays, la culture commence par la nourriture locale. Le Japon, fondamentalement, est une culture basée sur le riz, mais ça, 70 ans après la fin de la guerre, on l’a complètement oublié… Le riz se mange avec toutes sortes d’accompagnement, et vous fabriquez un autre goût quand vous les mettez en bouche ensemble, un nouveau goût. Quelle autre culture construit ses repas comme cela ?
De nos jours, de plus en plus de gens consomment du pain au détriment du riz. Et négliger la culture du riz, c’est comme négliger notre culture japonaise, et jusqu’à ses fondements. La culture, c’est le pilier spirituel de l’être humain. Et aujourd’hui, ce pilier chancelle.
La culture japonaise est profonde et mystérieuse. Par son langage, par exemple. Nous avons trois types d’écriture : les kanji, les hiragana, les katakana. Et il existe quantité de façons d’exprimer une chose. Prenez le riz, par exemple. On peut dire ine (le riz sur pied), kome (les grains de riz), meshi (le riz cuit)… Tous ces mots se rapporte au riz mais selon les circonstances, la façon de le nommer change. Nous avons aussi énormément de mots pour désigner les couleurs. Et dans le cycle des saisons, nous avons assimilé la complexité de la nature, c’est ce qui nous a appris à être sensible aux nuances. Et cela ne concerne pas seulement les classes privilégiées. Si nous élargissons aux classes les plus populaires, la culture y est également très profonde. Mais récemment, cette culture complexe et sensible à tendance à s’uniformiser et à se simplifier. Autrement dit, on est en train de se faire dominer par la culture du blé, la culture occidentale. »
Sano Tôemon n’est pas toujours tendre vis-à-vis de la culture occidentale. Comme il le dit lui-même, sa génération a vécu la guerre. Il sait ce que signifient les entrainements de futur soldat, et il a également travaillé pour le temple Ninna-ji, qui est fortement lié avec la famille impériale. Il fait alors peu de doute que des sentiments de tristesse mêlée de colère l’ont visité en voyant les changements radicaux qui se sont opérés aux Japon après la défaite.
« Tout d’abord, les maisons ont changé. L’engawa (véranda japonaise en bois) a disparu. Le fusuma et le shôji (portes coulissantes en papier épais) ont eux aussi disparu. Par conséquent, les artisans qui travaillaient dans ces domaines ont fortement diminué. Tout le monde habite dans des immeubles en étage. Les créateurs de jardins sont de moins en moins nombreux. On ne peut plus faire de jardins exactement comme dans le temps, tout simplement parce qu’on n’en conçoit pas un de la même façon si la maison est de plein pied ou à un étage… Si l’on ne se me met pas dans la tête que les choses ne sont plus les mêmes qu’autrefois, difficile de réaliser quoi que ce soit. »
