Des spécificités japonaises dont nous devrions être fiers

Y.M. Une autre qualité dont les Japonais devraient être plus fiers à l’étranger, c’est notre nature « asine ». Par « nature asine », j’entends que, comme les ânes, nous faisons ce que nous avons à faire, avec le plus grand sérieux, jour après jour. C’est certainement notre plus belle qualité.

Par exemple, regardez la Toyota Corolla. On ne peut pas dire que c’est une voiture qui éblouit par son extravagance. Mais niveau qualité et robustesse, vous pouvez l’utiliser des années et des années sans ménagement et sans tomber une seule fois en panne. Moi, je trouve ça super cool. C’est notre nature asine, qui fait du Japon l’un des pays les plus en pointe au niveau mondial dans le domaine des savoir-faire artisanaux.

Et quand je parle d’artisanat au Japon, il ne s’agit pas seulement d’artisanat traditionnel, c’est un état d’esprit qui anime aussi bien les coiffeurs, les cuisiniers, les techniciens. Sans cet état d’esprit devant le travail qui vous est confié, vous ne trouverez jamais l’engagement borné et têtu qui seul permet d’arriver à cette délicatesse et cette perfection dans le détail et la finition. À l’ère de la globalisation, où les standards de qualité prennent de plus en plus de place, je crois que les Japonais peuvent mettre en avant cette spécificité de l’amour du travail bien fait.

Aujourd’hui, on parle de globalisation, mais il ne s’agit que de considérer la culture blanche occidentale comme le standard universel. Mais si vous connaissez l’histoire de l’Italie, vous savez qu’il faut au moins 100 ou 200 ans à mâcher et ruminer une culture étrangère avant de prétendre l’avoir digérée et l’avoir faite sienne.

Avant de se badigeonner un vernis superficiel de globalisme, chacun ferait bien de vérifier l’histoire et la culture unique et originale que chaque pays et chaque région possède, ça élèvera sans aucun doute nos chances de survie à tous.

Quant à moi, je sais ce que c’est que vivre dans la dernière pauvreté au milieu des œuvres d’art les plus splendides de l’histoire de l’humanité. Cette expérience est devenue ma force et ma richesse. Grâce à elle, je sais que « la valeur d’un homme ne se mesure pas à son argent ». C’est une sagesse très importante que j’ai apprise. C’est grâce à ce savoir qu’aujourd’hui, même si mes mangas sont devenus des succès et se vendent, que des sommes d’argent énormes bougent autour de moi, je peux garder mon calme et rester moi-même sans perdre la tête.

Steve Jobs, l’adaptation en manga de la biographie de Steve Jobs par Walter Isaac. Série en 6 tomes, chez Kôdansha.

Son fils est aujourd’hui indépendant. Après toutes ces turbulences, Yamazaki Mari vit avec Beppi à Padoue, l’ancienne capitale italienne. Padoue, également siège de la plus ancienne faculté d’astronomie du monde.

Y.M. Padoue est l’une des villes les plus touristiques du monde, une ville très ancienne, à 30 minutes en train à l’ouest de Venise. La chapelle des Scrovegni, qui abrite les fresques de Giotto, le plus grand chef d’œuvre de l’aube de la Renaissance, s’y trouve, ainsi que de nombreux autres chefs d’œuvres du patrimoine historique. Mais la ville ne dépend pas uniquement du tourisme, elle est entourée d’une importante zone industrielle.

Ou si vous préférez, ce n’est pas seulement une ville qui se repose sur sa gloire historique, elle possède une solide assise économique.

Padoue n’est absolument pas seule dans ce cas : Bologne, Parme, Modène, etc. Dans chaque région, l’Italie possède de très vieilles villes qui conservent une très forte identité toujours vivante. Le message que le Japon devrait entendre de cette réalité, c’est qu’au lieu de se jeter à corps perdu dans les dernières tendances de notre monde, que ce soit le globalisme ou le tourisme, nous devrions surtout nous assurer que les bases de notre façon de vivre, à nous les Japonais, soient transmises à la génération suivante. Voir fonctionner une ville comme Padoue où chaque couche historique vit en compatibilité avec les autres est à mes yeux quelque chose de très capital.

En vivant sur une double base, au Japon et en Italie, je gagne deux fois plus de joie, et deux fois plus de problèmes…(rires). Ce n’est pas facile, mais la façon italienne d’apprécier la vie avec les cinq sens est toujours merveilleuse. Ici, au carrefour des civilisations anciennes, je suis en relation avec toutes sortes de gens, de toutes sortes de pays, de toutes sortes de contextes sociaux. Ce sont ces interactions qui sont devenues mon épine dorsale.

(Propos recuellis par Kiyono Yumi. Photos : Ôkôchi Tadashi)