Du X au cinéma rose
En effet, si LiLee a commencé une carrière de strip-teaseuse au Shinjuku New Art en 2015, elle est dans le show-business depuis plus de vingt ans. Elle était employée de bureau quand elle a tourné une vidéo pour adulte pour se faire un peu d’argent de poche.
« À l’époque, après des études universitaires courtes, j’avais trouvé un emploi d’employée de bureau, mais mon salaire se trouvait ponctionné de tous les côtés, ce qui fait qu’au bout du compte il ne me restait pas grand-chose. Au début, la vidéo pour adulte, pour moi, ce n’était qu’un travail temporaire. Je l’ai fait sans stress et sans culpabilité. Je me prêtais au jeu à hauteur de ce que je gagnais, pas plus pas moins. Seulement, je refusais d’apparaître dans des publicités ou des magazines, pour que mon entourage ne me reconnaisse pas. »
Néanmoins au bout de cinq ans, elle fut convoquée par le responsable du personnel de son entreprise : son activité secrète avait été découverte. LiLee croyait se faire licencier avec perte et fracas, mais elle s’entendit plutôt dire d’arrêter de tourner dans des vidéos pornographiques.
« Certains employés mâles de la boîte avaient vu mes vidéos (rires), et commençaient à faire circuler des rumeurs. Mais comme je travaillais bien, on m’a dit que ça serait gênant si je démissionnais. En tout cas, c’est à ce moment que j’ai décidé de me concentrer sur ma carrière d’actrice, parce que la conscience que j’avais de ma position par rapport à la caméra avait évolué. Je me demandais : pourquoi les adultes recherchent-ils aussi sérieusement des émotions érotiques ? Voir les choses de cette manière a rendu ce milieu très amusant pour moi, en fait... »
Cela, c’était en 2005. Elle prit alors le nom de Kouda Riri et fut vite sollicitée pour tourner dans le pink eiga ou cinéma rose, des films érotiques soft indépendants dont certains sont renommés pour leur valeur cinématographique. À l’apogée du genre, on dit que plus de 200 films étaient réalisés chaque année. Cependant, la mode s’est tarie et de nos jours moins d’une quarantaine de films de ce type sont produits chaque année. Ce ne l’a pas empêchée de tourner dans plus de 120 films et d’être appelée « la reine du pink eiga ».
« J’acceptais tous les rôles du moment que mon nom serait mentionné au générique. Je n’ai jamais étudié la scène, j’ai grimpé les échelons en commençant tout en bas. Mais j’aime jouer, j’aime le cinéma et je m’amuse sur les plateaux. »
De nos jours, le pink eiga est passé au numérique, mais 99 des films de LiLee sont de vrais films de cinéma, et elle est fière d’appartenir à la dernière génération d’actrices qui a connu les tournages à l’ancienne.
« Il n’y a pas de deuxième prise dans le pink eiga. C’est comme au théâtre, pas le droit à l’erreur. Vous devez être bonne tout de suite. Et cela a été une bonne expérience. »
Sa fierté : ses 20 ans de carrière
Depuis que Kouda Riri s’est lancée dans le strip-tease, il lui arrive même de refuser des offres pour des films par souci d’un calendrier déjà bien rempli. C’est le dilemme des danseuses : les engagements sont pour 10 jours minimum non stop.
« Ce n’est pas que je donne la priorité au strip-tease. Je me considère essentiellement comme une actrice, et je n’ai aucune intention de commencer une nouvelle carrière. Parce que si je danse maintenant depuis 5 ans, j’ai toujours 20 ans d’expérience comme actrice. Le strip, je n’en ferai pas si je n’aimais pas ça. Le strip, dès que vous avez une musique et un habit, il ne reste qu’à utiliser son corps et c’est parti. C’est cet aspect qui m’intéresse. Alors que pour un film, il ne se passe rien si vous n’avez pas le metteur en scène, le scénariste, les acteurs, et tout un tas de personnel ! »
LiLee n’appartient à aucune agence, elle assure elle-même son management. Toujours au four et au moulin, mais au moins, elle est totalement libre de ses choix.
« Mais je ne reçois pas de propositions que je ne veux pas faire, et si les calendriers correspondent je ne laisse pas filer une proposition par convenance de l’agence. Je suis du genre à laisser ma vie suivre son destin comme une feuille suit le courant du fleuve. Parfois je me laisse emporter par une tendance du moment, parfois non. Je me sens tout à fait libre. Et les surprises du destin sont parfois intéressantes… »
L’idéal de tout un chacun serait bien sûr de faire ce qu’il veut de sa vie, sans être obligé de se le faire dire. Mais ce n’est pas si facile. La philosophie de vie que Kouda Riri s’est construite petit à petit sans en avoir conscience depuis l’époque où elle était employée de bureau consiste à accepter la réalité pour ce qu’elle est, et toujours faire ce qu’il faut faire au mieux de ses capacités. C’est là qu’elle s’est construite un royaume de liberté.
« Mon projet n’a jamais été de devenir célèbre dans l’univers de la vidéo adulte, avec le rêve de passer un jour à la télé. C’est peut-être parce que je n’ai jamais poursuivi ce genre de rêve que je suis encore debout aujourd’hui. Je pense que dans n’importe quelle profession, si vous voulez durer, l’important est de se faire une idée claire et réaliste de ce qu’on attend de vous sur l’instant. »
L’art de se mettre à nu
Pour terminer, nous avons posé une question essentielle à LiLee : qu’est-ce que c’est que la nudité pour elle ?
« Quand une actrice célèbre tourne une scène de nu dans un film, on dit qu’elle a “mis son corps en jeu” ou ce genre d’expressions, et tout le monde scrute ça comme une performance exceptionnelle. Mais mettre son corps en jeu, qu’est-ce que c’est sinon la définition même du jeu d’acteur ? Se déshabiller, ce n’est rien d’autre que se déshabiller, quand retirer ses vêtements a un sens. Vous croyez que le strip-tease c’est juste danser et tomber la robe en souriant comme une greluche ? C’est parce qu’il y a quelque chose à dévoiler que chaque mouvement trouve sa justification, et parce que je suis nue le sens touche directement le spectateur. »
« Bien sûr, la plupart des danseuses recherchent surtout la plus belle pose nue. Personnellement, je ne suis pas une psychorigide de la beauté. Une pose moche, du moment que vous n’avez que votre corps pour l’exprimer, pourquoi pas ? Nue, campée agressivement sur mes deux jambes, et qu’une émotion monte et se transmette, voilà, c’est ça ! “J’ai vu le show de LiLee, ça m’a donné la pêche !” ou bien “Ça donne de la force !”, c’est ce commentaire que je cherche. Avec une sensation érotique par-dessus le marché, pour moi, c’est parfait (rires) ! »
(Interview et texte : Matsumoto Takuya, de Nippon.com. Photos : Hanai Tomoko. Photo de bannière : Kouda Riri au théâtre Hiroshima Daiichi, 8 février 2019, Naka-ku, Hiroshima © Hanai Tomoko)




