Un esprit espiègle, sans aucune retenue

Anna Cima a terminé son roman il y a quatre ans, après qu’elle ne vient habiter au Japon pour la recherche liée à son doctorat.

« J’ai fait naitre Kawashita dans la ville de Kawagoe parce que j’adore ce lieu. Après mon arrivée au Japon, j’ai habité un temps dans la préfecture de Saitama, et j’ai visité Kawagoe plusieurs fois. Je pense que quand les Tchèques imaginent le Japon, ils pensent à Kyoto et Nara avec leurs temples et sanctuaires. Je voulais leur montrer une autre facette du pays par le biais d’une ville marchande. »

Anna a montré son côté espiègle en incorporant tout ce qu’elle aime au Japon dans le roman. « Je me suis amusée en rajoutant pleins d’hommages à la littérature japonaise. Ça fait un peu peur quand j’y pense maintenant. J’en ai peut-être trop fait. Quand j’avais 24 ans, j’écrivais sans aucune retenue. »

Cela peut paraître étrange qu’un roman plein de tant de références à la littérature japonaise ait eu tant de succès parmi les jeunes tchèques. « Dans mon pays, on aime bien les récits historiques et les œuvres sur les relations familiales. Je ne m’attendais pas à grand chose, me disant que seuls ceux qui sont familiers avec le Japon le liraient. Mais au final, bien plus de personnes l’ont lu ! »

Elle raconte que beaucoup de gens pensent que Kawashita existait vraiment. « Certains ont dit qu’ils voulaient lire d’autres œuvres de lui et demandaient où ils pouvaient se les procurer, et certains ont été déçus quand ils se sont rendu compte que je l’avais inventé. Dans une interview, on m’a même demandé si j’écrivais ma thèse de doctorat sur Kawashita… »

Il y a sans doute aussi des lecteurs japonais qui vont à la recherche de Kawashita Kiyomaru en ligne, vu l’élégance avec laquelle le roman mélange les faits et la fiction.

Une activité de traductrice

Anna Cima habite maintenant dans l’arrondissement de Suginami, à Tokyo, faisant des recherches, des traductions, et écrivant sa thèse. « Les mouvements étudiants des années 1960 m’intéressent, et je fais des recherches sur la manière dont ils ont été représentés dans la littérature, et comment l’image des étudiants a changé. »

Dans les années 1960, la Tchécoslovaquie, qui était communiste à l’époque, a connu le printemps de Prague, un mouvement de citoyens et d’étudiants pour la démocratie, mais cela a été rapidement réprimé. Les grands-parents d’Anna ont vécu cette période, et son père, alors étudiant, était très impliqué dans la Révolution de Velours, qui mena à la démocratie en 1989. C’est sans doute la raison pour laquelle Anna est attirée par les œuvres littéraires japonaises concernant les mouvements étudiants ainsi que les manifestations contre le Traité de sécurité entre le Japon et les États-Unis.

Elle travaille aussi comme traductrice. « Tout le monde connaît Murakami Haruki en République tchèque. Je voudrais qu’ils apprennent à connaître d’autres auteurs aussi. J’aime beaucoup Ôe Kenzaburô mais peu de ses livres ont été traduits en tchèque. Il existe une traduction du Pavillon d’Or de Mishima Yukio, mais ce n’est que récemment qu’une traduction de Confession d’un Masque a été publiée en tchèque.

Depuis qu’elle est installée au Japon, Anna a traduit Tokyo Zodiac Murders de Shimada Sôji, et Sayonara Gangsters de Takahashi Gen’ichirô, avec l’aide de son mari, Igor. Les deux traductions sont déjà en vente dans les librairies tchèques.

Se pencher sur les auteurs féminins

Anna aimerait à l’avenir se pencher sur des auteurs féminins à l’avenir. « En République tchèque, on s’intéresse de plus en plus aux œuvres de Murata Sayaka et Kawakami Mieko, mais quand j’y étais, on traduisait peu les auteurs féminins. Depuis que je suis à Tokyo, j’ai lu Kurahashi Yumiko pour mes recherches, ainsi qu’Imamura Natsuko et Akasaki Mari. J’aimerais lire plus d’auteurs féminins. »

Après quatre ans au Japon, l’obsession qu’elle a ressenti envers le Japon quand elle était ado s’est-elle transformée en déception ?

« Lors de mon premier voyage au Japon, j’ai été émerveillée par tout ce que j’ai vu en tant que simple touriste. Une fois que je me suis installée ici, j’ai vécu plein de choses, bonnes et mauvaises, et je vis ici au quotidien. Cette expérience m’est très utile. Je ne me sens pas déçue. Pour mieux comprendre, il faut vivre plein de choses. »

Qu’en est-il de son prochain roman ? « Je l’ai déjà terminé. C’est très différent de mon précédent récit, mais comme vous pourriez vous y attendre, c’est lié au Japon. »

(Interview d’Anna Cima par Itakura Kimie, de Nippon.com. Photos : Ôkubo Keizô)