La fabrication du beurre remise à plus tard
Le lait destiné à la transformation est de 30 à 40 % moins cher que le lait destiné à la boisson. En cas de surplus de production, en particulier, le lait destiné à la boisson produit à Hokkaidô où la productivité est élevée et les prix faibles grâce à une gestion agricole à grande échelle, risque d’être distribué dans les grands centres urbains et de faire concurrence aux producteurs des autres régions du pays. Par conséquent, l'État procède aux ajustements des approvisionnements en versant, par l’intermédiaire des associations désignées, des subventions aux producteurs de lait destiné à la transformation de Hokkaidô. Dans l’objectif d’éviter un effondrement des prix, aussi bien pour le lait destiné à la transformation que pour celui destiné à la boisson.
Les quantités approvisionnées en lait et en produits laitiers converties en lait cru se montent environ à 12 millions de tonnes par an. Environ 8 millions de tonnes de lait destiné à la boisson sont produites au Japon et le reste est importé, principalement sous forme des produits laitiers qui correspondent à 4 millions de tonnes de lait cru.
Pour les importations, les produits laitiers entrant dans la rubrique des articles libéralisés, comme les fromages et les crèmes glacées, occupent la plus grande place, et ils proviennent principalement de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, des États-Unis et des pays d’Europe.
Le lait cru, à la différence des autres produits agricoles, est produit tous les jours et, de surcroît, ne se conserve pas longtemps. Par conséquent, pour éviter d’avoir à le détruire s’il vient à tourner, il est attribué en priorité au lait comme produit fini, puis à la crème fraîche et au fromage. Le beurre, qui est moins demandé que le lait et qui se conserve plus longtemps, est gardé en stock lorsque la production de lait cru est abondante. Les stocks sont écoulés dans le cas contraire, lorsque la production est faible. Placé tout en bas dans l’ordre de fabrication des produits, le beurre est donc très sensible aux fluctuations de la production de lait cru.
Dans le cas de l’année 2014, la production a baissé en raison des grandes chaleurs durant l’été de l’année précédente et il a été nécessaire de procéder à des importations supplémentaires urgentes. Comme les conséquences se sont répercutées sur cette année encore, le gouvernement a décidé d’importer en prenant en considération les possibilités de fluctuations, de nouveau dues aux grandes chaleurs.
Le nombre de producteurs laitiers continue à diminuer
En fait, la production de lait cru ne cesse de diminuer depuis longtemps. La production nationale de lait cru a progressé de manière constante après la guerre en raison de l’agrandissement des exploitations et de l’amélioration de la productivité. En 1966, elle atteint un sommet avec 8,66 millions de tonnes pour diminuer progressivement par la suite et tomber jusqu’aux 7,33 millions de tonnes de l’année dernière. Simultanément, en raison de la faible natalité et du vieillissement de la population, la consommation a également diminué durant les dix dernières années et continue à le faire ajourd’hui.
D’après les statistiques du ministère de l’Agriculture, le nombre de producteurs laitiers au 1er février 2015 a diminué d’environ 5 % par rapport à l’année précédente, et se monte aujourd’hui à 17 700 foyers, à savoir les deux tiers des 28 000 foyers que le Japon comptait il y a dix ans. Pour être plus précis, la réduction du nombre des petits producteurs vivant dans d’autres régions que Hokkaidô est particulièrement importante. Tous les producteurs laitiers cherchent à améliorer leur productivité en s’agrandissant mais ils sont souvent incapables de rattraper les augmentations des coûts de la main-d'œuvre, de l’électricité et du fourrage importé. Le manque de successeurs dans ce domaine, jugé sans espoir de croissance, est un problème grave.
Shimomura Yoshikazu, conseiller à J-Milk, un bureau d’études composé d’entreprises de production laitière et de coopératives, déclare que les courants de ce secteur ont changé en 2008, avec la crise monétaire mondiale.
« Les goûts des consommateurs ont changé et les préférences sont passées du lait comme boisson aux produits transformés comme la crème fraîche,les fromages et le beurre, alors que la production de lait cru était en pleine diminution. Les producteurs, pressés par les contraintes de la période de lactation des vaches et des différences saisonnières du rythme de la traite, ont concentré tous leurs efforts pour traire le lait cru, et la production de beurre pour les familles a été remise à plus tard. Nous avons là un problème structurel.