Remonter après avoir touché le fond
—— Comment avez-vous réussi à réintégrer la société et qu’avez-vous fait depuis ?
H.K. Quand j’étais au plus bas, je pensais que je devais en finir avec moi-même. J’ai même envisagé la méthode spécifique à utiliser. Mais finalement je ne l’ai pas fait. J’étais probablement si affligée que je ne pouvais pas penser correctement, et mes processus de pensée se sont arrêtés. Et puis mon corps, qui n’avait été pendant cette période qu’un récipient avec ) peine une étincelle de vie à l’intérieur, a commencé à retrouver progressivement l’envie de vivre.
Je me suis laissé porter par le courant pendant un moment. J’avais l’impression de me regarder d’en haut. Plus tard, j’ai vaguement compris que j’avais choisi la vie. De plus, je recevais des conseils d’un psychiatre, le docteur Izumiya Kanji, et parler avec lui m’a aidé à me sortir de cette situation. Il a confirmé des choses que j’ai dites, des choses que d’autres décriraient comme « étranges » si je les leurs disais, et il a suggéré que mes idées pourraient en fait être les bonnes. Je n’avais personne autour de moi — y compris les membres de ma famille — qui comprenait ce que je disais.
Le docteur Izumiya a ainsi été la première personne avec laquelle j’ai pu communiquer. J’ai mis des mots sur mes pensées pour la première fois de ma vie. Cela m’a vraiment aidé dans ma quête pour me retrouver. À la trentaine, j’ai commencé à rencontrer et à communiquer avec d’autres personnes ayant eu la même expérience de retrait social. J’ai senti que je n’étais pas seule, et cela m’a énormément bouleversée.
Un jour, pour une raison quelconque, je me suis soudain rendu compte que je n’avais pas choisi de vivre mais, dans un sens, que j’avais été faite pour vivre. Et dans ce cas, tout ce que j’avais à faire était de vivre ma vie jusqu’à la fin, sans la couper court. Plutôt que d’essayer à tout prix de trouver une direction ou un sens à ma vie, j’ai décidé d’accepter tout ce qui pourrait arriver.
—— Vous dites que vous avez été faite pour vivre ?
H.K. Même enfant, je me mettais en colère contre la façon dont l’école et la société piétinaient les faibles, tandis que les personnes au pouvoir pouvaient agir de manière déraisonnable. Et ce sentiment de colère brûle toujours en moi. Tandis que je récupérais mon énergie, j’ai commencé à penser que je voulais faire ce que je pouvais, aussi peu que cela soit, pour rendre ce monde moins difficile à vivre — non pas tant par altruisme, mais aussi par espoir que cela me profiterait aussi.
Au cours de la dernière décennie, les possibilités de trouver sa place dans la société semblent s’être rapidement fermées et l’atmosphère est devenue suffocante. Depuis mes quarante ans, j’ai essayé de rouvrir les choses, et heureusement, j’ai des compagnons pour le faire. Je me suis impliqué dans la planification et la gestion de groupes d’entraide hikikomori, tels que le Hikikomori User Experience Meeting.
De nombreuses personnes déclarent que si vous n’êtes pas utile aux autres, votre vie n’a aucune valeur, y compris au sein de la jeune génération. Mais même si vous n’êtes pas utile, tant que vous avez la vie, pourquoi ne pourriez-vous pas garder la tête haute ? Peu importe à quel point je peux me sentir inutile, j’ai le droit d’être ici, de vivre et d’exister. Et ce qui vaut pour moi, vaut aussi pour les autres.
Le simple fait d’être en vie est une affirmation à 100 % de votre existence. C’est ce que je crois maintenant, pour moi-même et pour tous les autres.
(Propos recueillis par Ishizaki Morito. Photos : Nippon.com)

