Les caractéristiques du « rin »
Comme je l’ai dit plus haut, la monnaie japonaise se signale par une prolifération remarquable de zéros et un taux de change vis-à-vis du dollar cent fois moindre qu’au moment de sa création en 1871, où la parité était de règle. La valeur du yen par rapport aux devises des autres grandes puissances économiques est donc totalement aberrante.
C’est pourquoi, à mon avis, le Japon devrait envisager sérieusement une redénomination de sa monnaie en procédant à une division par 100. Plutôt que de mettre en place un « nouveau yen » pour remplacer la devise actuelle, je propose d’adopter une autre unité monétaire qui vaudrait 100 yens et de conserver le yen en tant que fraction de cette unité équivalant à un centième de dollar américain. En ce qui concerne le nom de cette nouvelle unité, je suggère de l’appeler « rin » pour des raisons que j’expliquerai un peu plus loin.
Si le « rin » remplaçait le yen dans le classement des devises de l’OCDE présenté plus haut, il arriverait au cinquième rang des monnaies des pays de l’OCDE, juste après le franc suisse, et sa valeur en dollar se situerait dans la même fourchette que les autres unités monétaires du G7. Voilà une position qui serait certainement plus appropriée pour la devise japonaise que celle qu’elle occupe à l’heure actuelle avec le yen.
Je voudrais maintenant revenir sur mon premier graphique pour voir quelle serait l’évolution du taux de change bilatéral si l’on remplaçait le yen par le « rin ».
À mon avis, les touristes étrangers, en particulier les Occidentaux, devraient s’habituer rapidement au « rin », d’autant plus qu’ils seraient en mesure de calculer les prix dans les boutiques et les restaurants sans avoir recours à des outils de conversion électroniques ou graphiques. Du même coup, les Japonais qui vont aux États-Unis ou dans d’autres pays occidentaux seraient rassurés en sachant que la valeur du yen se situe dans la même fourchette que celle de devises comme le dollar et l’euro.
Pourquoi adopter le « rin » et quand ?
En changeant le nom de sa devise, le Japon pourra continuer à utiliser le yen comme une unité fractionnaire (1/100e) du « rin » comparable au centime en usage dans les pays où le dollar et l’euro ont cours. Les pièces et les billets actuellement en circulation conserveront leur valeur et tous les contrats, les titres et les documents officiels libellés en yens resteront valables. Il ne sera pas nécessaire de les réécrire. L’émission de nouvelles pièces et de nouveaux billets ayant les mêmes caractéristiques en termes de taille, de couleur, de conception et de poids (pour les pièces) que leurs équivalents en yens devrait faciliter la période de transition pour le grand public et pour les distributeurs automatiques si nombreux de l’Archipel.
Le nom qui me paraît le plus approprié pour la nouvelle devise est « rin » transcrit en japonais avec le kanji 輪 (rin), dont le premier sens est « anneau ». Il y a une certaine parenté entre « rin » et « yen », écrit avec le kanji 円 (en), qui signifie « cercle, rond ». Le nom de cette unité monétaire devrait être suffisamment facile à prononcer pour ceux qui parlent l’anglais et les langues les plus courantes et leur permettre de se faire comprendre sans peine par les Japonais.
Dans l’idéal, il faudrait procéder à ce changement avant les Jeux olympiques qui se tiendront à Tokyo en 2020, entre autres parce que l’idéogramme correspondant à « rin » signifie « anneau ». Mais le délai risque d’être trop court. Dans ces conditions, l’année 2021 pourrait constituer un bon choix dans la mesure où elle coïncidera avec le 150e anniversaire de la création du yen.
En outre pour la première fois depuis le XIXe siècle, le Japon aura une unité monétaire dont la valeur sera proche de celle du dollar américain, la norme mondiale autour de laquelle gravitent de facto les monnaies les plus importantes.
Si le Japon procède à une redénomination de sa devise en adoptant le « rin » ou une autre unité monétaire équivalant à 100 yens, le yen sera rétrogradé au rang d’unité fractionnaire. Mais les pièces de 1 yen devraient continuer à être largement utilisées dans les supermarchés et les autres commerces où les prix sont souvent de l’ordre de l’unité.
Il faut à tout prix que le yen conserve la place qui est la sienne dans la vie courante des habitants de l’Archipel. Mais mieux vaut l’abandonner en tant qu’unité monétaire japonaise de référence et le remplacer par le « rin ». Cette nouvelle devise moins prolifique en matière de zéros est en effet nettement plus compatible avec la stature internationale du Japon !
(D’après un article en japonais. Photo de titre : Happyphoto/Pixta)
