Une restructuration radicale

Pour limiter les engorgements, la compagnie ferroviaire JR a agrandi l’édifice, de façon à ce qu’il enjambe les voies et les quais, et relié le quai utilisé pour les visites du Nouvel An au sanctuaire Meiji à la sortie est (Takeshita-guchi) de la gare. Elle a par ailleurs installé de nouveaux guichets du côté du sanctuaire, multiplié le nombre des toilettes et mis en place de nouveaux ascenseurs. Le 20 novembre 2019, la compagnie JR a annoncé que la fin des travaux de restructuration était prévue pour le 21 mars 2020, avec l’ouverture d’un tout nouvel édifice à côté de l’ancien (voir les premières images). Quant à ce dernier, il sera détruit juste après les Jeux olympiques de Tokyo 2020.

Certes, une fois modernisée, la gare sera sans doute beaucoup plus commode et moins encombrée, mais l’ambiance devrait aussi être complètement différente. Étant donné son histoire et sa popularité, on peut se demander pourquoi elle n’a pas fait l’objet comme la gare de Tokyo d’un plan associant le nouveau et l’ancien.

Il n’y a pas que la gare qui va changer à Harajuku. Cette partie de la capitale japonaise est en effet en train se transformer entièrement depuis que les promoteurs appliquent les directives formulées par le bureau du développement urbain du gouvernement métropolitain de Tokyo. La démolition d’immeubles de logements luxueux et de boutiques emblématiques des années 1970 situés au carrefour des avenues Omotesandô et Meiji-dôri sera chose faite d’ici la fin de l’année 2018. L’image du quartier à l’avant-garde de la mode et de la subculture des années 1970 et 1980 est en train de s’estomper dans les mémoires avec des teintes couleur sépia.

L’impact des JO de 1964

Dans les années 1950 et au début des années 1960, Harajuku était un quartier sans histoire où les herbes folles poussaient le long des rues. Il ne comptait que deux édifices importants l’Oriental Bazar, qui vendait des souvenirs aux soldats américains installés dans l’ensemble résidentiel Washington Heights de Yoyogi, et Kiddy Land, un magasin de jouets. Il y avait si peu de circulation dans les rues que l’armée américaine utilisait, dit-on, la grande avenue Omotesandô pour des exercices d’atterrissage de petits avions. Mais les choses ont changé à partir du moment où il a été décidé que les Jeux olympiques de 1964 se tiendraient à Tokyo.

Tout a commencé par un immeuble de six étages, Co-op Olympia Annex, édifié en 1964 à proximité de la gare de Harajuku. C’était le premier immeuble résidentiel de luxe du Japon, avec room service 24h/24, y compris en anglais. La plupart de ses occupants étaient des diplomates étrangers, des hommes d’affaires et des artistes. D’autres éléments emblématiques de l’époque ont fait leur apparition dans le quartier, notamment l’église interconfessionnelle Tokyo Union Church, les boutiques Mademoiselle Non Non et Milk, ou encore Route 5, considéré comme le premier restaurant drive-in de l’Archipel. Chicago, un magasin spécialisé dans les vêtements étrangers d’occasion, s’est installé dans l’immeuble Co-op Olympia Annex tandis que la boutique Mako Bis devenait un passage obligé de l’avenue Omotesandô.

Le bâtiment Co-op Olympia Annex, dans les années 1960. Photo tirée du livre Fei ying de Jin Mingwei.