Un haut lieu de la mode
Dans les années 1960, le quartier de Harajuku était en pleine effervescence. Du point de vue de la mode, il faisait un peu penser à Londres. L’ambiance était plus conviviale que dans le quartier de Roppongi et c’était l’un des rares endroits du Japon où l’on pouvait manger une authentique pizza et de vraies frites. À l’époque, j’adorais Harajuku et je m’y baladais souvent. Dans les années 1970, les stylistes du quartier ont repris la mode occidentale à leur compte en créant de nouvelles tendances proprement japonaises. Harajuku est devenu un lieu unique au monde, où les jeunes créateurs pouvaient donner libre cours à leur talent sans être soumis aux contraintes de grandes entreprises. Et les boutiques ont fait preuve elles aussi de beaucoup d’originalité et d’inventivité. Le quartier n’avait rien à envier aux hauts lieux de la Street Fashion tels que Londres ou New York, et les habitués faisaient de nouvelles découvertes à chaque visite. Shinjuku était réputé comme le quartier du jazz, de la culture underground et des manifestations contre la guerre, et Harajuku, comme le point de ralliement d’une nouvelle avant-garde brillante, sans préjugés où la musique rock, le chic bon marché et des boutiques toutes plus originales les unes que les autres semblaient annoncer l’avènement d’une nouvelle façon de vivre.
À la fin de mes études universitaires, j’ai exercé le métier de rédactrice. Je suis allée au Harajuku Central Apartments, un bâtiment, aujourd’hui détruit situé au carrefour des avenues Meiji-dôri et Omotesandô, pour y rencontrer des photographes, des stylistes et des illustrateurs. L’immeuble abritait les bureaux de créateurs dans une ambiance de plantes vertes et de musique rock glam et west coast. Au rez-de-chaussée, il y avait le café Léon où l’on était toujours sûr de rencontrer les mannequins et les acteurs les plus en vue du moment.
Cette période de l’histoire du quartier est le thème du livre de photographies 70’s Harajuku (Harajuku dans les années 70), publié en 2015 par la styliste Nakamura Non. L’auteur de ce remarquable ouvrage dont le succès ne s’est pas démenti depuis sa sortie, a saisi sur le vif les groupes de jeunes qui fréquentaient Harajuku dans les années 1970.

