De multiples inspirations occidentales
Au milieu du XIXe siècle, la graphie du nom « Osaka »prend sa forme actuelle (le caractère saka 坂 se change en 阪.) Certains des Occidentaux visitant la ville lors de cette période la comparent volontiers à Paris, tandis que d’autres la décrivent, en raison de ses canaux, comme la Venise de l’Orient.
À l’ère Meiji (1868-1912), des institutions modernes y sont édifiées le long de ses voies d’eau, comme l’Arsenal d’Osaka ou l’établissement de la Monnaie du Japon, et le secteur privé y construit des filatures et des chantiers navals. La prospérité de son industrie textile vaut à la ville un nouveau surnom, « le Manchester de l’Orient », du nom de la ville anglaise qui a est à cette époque au cœur de la Révolution industrielle.
Le développement économique d’Osaka entraîne une augmentation rapide de sa population, accélérée encore par l’afflux d’habitants de la région de Tokyo qui viennent s’y installer après le grand tremblement de terre du Kantô en 1923. Deux ans plus tard, la municipalité d’Osaka absorbe 44 villages et bourgs adjacents afin d’avoir accès à assez de terrain pour bâtir de nouveaux quartiers résidentiels et zones industrielles, portant la superficie de la ville à 181 km2, et sa population à 2,11 millions d’habitants, des chiffres supérieurs à ceux du Tokyo d’alors. Devenue une des plus grandes métropoles économiques d’Asie, Osaka rivalise avec New York, Londres, Paris ou Berlin. Ses habitants la désignent fièrement comme « Dai-Osaka » : Osaka la grande.
Au fur et à mesure de son expansion, la ville se dote d’un réseau routier et ferré, ainsi que d’un réseau d’assainissement collectif. De nombreux établissements culturels voient aussi le jour comme la Salle des Fêtes (Chûô kôkaidô), le Musée des sciences d’Osaka (Denki kagakukan), le zoo de Tenno-ji, ou encore le donjon restauré du château d’Osaka qui abrite aujourd’hui le musée historique de la ville.
Paris est l’inspiration du parc de Nakanoshima, le premier parc japonais sur l’eau, et le marché de gros est influencé par des constructions allemandes et européennes. L’avenue Midôsuji, son artère principale, est débarrassée de ses poteaux électriques et équipée de splendide lampadaires, afin d’en faire une avenue aussi belle que celles existant dans les autres grandes villes du monde. On y plante des gingkos, un arbre originaire d’Asie, afin d’exprimer la fierté de la ville de compter parmi les métropoles de cette partie du monde.
Osaka voit aussi naître une culture urbaine moderne. Le long des boulevards Shinsai-bashi et Sakaisuji s’alignent de splendides grands magasins modernes, et les cafés qui s’y trouvent sont très fréquentés par un vaste public. De nombreuses lignes ferroviaires relient la ville à ses banlieues où sont construites de nouveaux quartiers résidentiels inspirés par les villes nouvelles anglaises. Les compagnies de chemin de fer privées se sont lancées dans la gestion d’installations sportives, de plages et de parcs de loisir. En semaine, leurs passagers empruntent ces lignes pour aller travailler au centre de la ville, et le week-end, pour se déplacer en famille. Ces compagnies ouvrent leurs propres grands magasins dans leurs principales gares, comme celles d’Umeda ou de Namba, autour desquelles se sont ensuite ouverts des cinémas ou des théâtres : elles sont elles-mêmes devenues des pôles d’attraction.
Osaka est aussi une ville portuaire ouverte sur le monde. Un constructeur automobile américain construit une usine d’assemblage dans la zone portuaire. Aujourd’hui, de grands paquebots de croisière font escale dans le port, avant de partir explorer la Mer intérieure ou se diriger vers la Chine ou la péninsule coréenne.
En route pour une troisième Exposition universelle
Les bombardements aériens de la Seconde Guerre mondiale réduisent en cendres le centre d’Osaka, mais la ville connaît une remarquable renaissance dans l’après-guerre.
L’Exposition universelle d’Osaka qui s’ouvre en 1970 dans les collines de Senri devient le symbole de la croissance rapide de l’économie japonaise. Première de son genre en Asie, elle a pour thème « Progrès et harmonie pour l’humanité », et devient un grand succès avec plus de 64 millions de visiteurs, un record pour une exposition universelle. Et puis en 1990, la ville organise l’Exposition internationale du jardin et de la verdure, qui sensibilise le monde entier à l’importance de rendre les villes plus vertes.
Tous ces événements montrent bien le caractère internationale de la ville, et ce depuis plusieurs siècles, comme je l’ai expliqué au début du texte.
Avec une telle histoire, rien d’étonnant à ce que les gens d’Osaka soient généralement d’un caractère ouvert. La ville a en effet toujours accueilli des gens venus d’horizons divers, mélangé de nouvelles cultures, et montré un intérêt particulier pour les gens affirmant leur individualisme par des idées différentes de la norme.
En 2018, c’est la candidature d’Osaka à une nouvelle exposition universelle, l’Expo 2025 Osaka Kansai, qui a été retenue. Elle aura lieu sur une île artificielle, Yumeshima (« l’île du rêve »), et aura pour thème « concevoir la société du futur, imaginer la société de demain ». Grâce à la « co-création » avec les gens du monde entier, elle fournira une occasion de confirmer son caractère international et de promouvoir un type de société dans laquelle la vie de chaque personne est mise en valeur. Elle souhaite aussi contribuer à la réalisation des Objectifs de développement durable fixés par les Nations unies. Un nouveau message vers la communauté internationale, vers le futur, sera émis de cette « capitale sur l’eau » ouverte à tous.
(Photo de titre : le château d’Osaka bâti sur les ruines du temple Hongan-ji. © Office du tourisme d’Osaka)

