Les Américains débarquent

Quelle a été l’évolution du yôshoku depuis l’ère Meiji ? Une influence majeure aura été celle des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, les Américains, bien sûr. En 1946, le Japon était tellement pauvre que la nourriture du lendemain était un véritable problème. C’est alors qu’une aide substantielle est arrivée dans le pays, grâce entre autres à une organisation fondée par un Américain descendant de Japonais.

Ces lots de produits alimentaires contenaient entre autres du lait écrémé en poudre et de la farine de blé. Cette farine a été utilisée pour faire du pain de mie qui a été distribué aux enfants des écoles afin d’améliorer leur alimentation. Le plus connu de ces pains était appelé « Coppe pan » (voir notre article : La culture du pain au Japon).

Par la suite, les États-Unis reprendront l’aide, dans une stratégie d’écoulement en direction du Japon de leurs surplus de blé, ce qui modifiera durablement le régime alimentaire japonais. C’est à partir de là que l’habitude de manger du pain s’est considérablement répandue au Japon, ainsi que d’autres plats à base de farine de blé : spaghettis, pizza et hamburgers, qui ont à leur tour connu des évolutions locales.

C’est le cas par exemple des spaghettis à la napolitaine, les napolitan. Aucune mamma italienne n’a jamais fait cuire ses spaghettis pour les rendre mous (et donc surtout pas al dente) en rajoutant de l’huile, du jambon, des oignons et... du ketchup ! De même, les tarako spaghettis (spaghettis aux œufs de morue), avec œufs de morue, beurre, sel, poivre et algues nori est un plat inventé dans une vieille enseigne de pâtes de Shibuya, le Kabe no ana.

Les Napolitan de Yokohama Center Grill (photo de l'auteur)
Les Napolitan de Yokohama Center Grill (photo de l’auteur)

Dans le même ordre d’idée, le teriyaki burger, et le rice burger fabriqué à partir de petites galettes de riz cuit, deux inventions de la chaîne de hamburgers japonaise Mos Burger, sont aussi populaires à l’étranger aujourd’hui.

Rice Burger de Mos Burger (photo de l’auteur)
Rice Burger de chez Mos Burger (photo de l’auteur)

Les habitudes alimentaires changent, suivant les évolutions des terroirs, des milieux, de l’environnement et des mentalités locales. Les râmen ou la tempura sont venus d’au-delà des mers, mais une longue pratique locale les a établis comme spécialités culinaires japonaises. L’insularité et l’isolement du continent d’un pays comme le Japon a offert des conditions idéales pour ce type d’évolution. En cuisine, comme dans la technologie de l’automobile, les Japonais sont semblent-ils doués pour adapter une réalité originale et mener son évolution vers un horizon nouveau. Depuis la modernisation du pays, il semble en tout cas que dans le domaine culinaire, le yôshoku est sans doute le meilleur exemple de cette tendance forte des compétences à la japonaise.

(Photo de titre : tonkatsu avec chou cru émincé. Le plat qui symbolise la cuisine yôshoku, à déguster avec du riz, une soupe miso et des légumes macérés au sel. Pixta)