Gundam : une guerre spatiale entre humains

Une fois le boom de Gundam lancé, une seconde série animée a été diffusée à partir de 1985 : Mobile Suit Zeta Gundam.

Mobile Suit Zeta Gundam, dont la diffusion fut lancée 7 ans après la première série. Le héros, Kamille Bidan, se jette dans la bataille aux commandes de Zeta Gundam, un prototype d’une version améliorée de Gundam. ©Sôtsû/Sunrise
Mobile Suit Zeta Gundam, dont la diffusion a été lancée sept ans après la première série. Le héros, Kamille Bidan, se jette dans la bataille aux commandes de Zeta Gundam, un prototype d’une version améliorée de Gundam. ©Sôtsû/Sunrise

La Fédération terrienne a gagné la guerre précédente. Mais la question de l’autonomie des colonies spatiales reste entière. Une guerre civile éclate à ce sujet entre libéraux et organisations d’extrême droite. En termes contemporains, on peut parler d’un conflit entre modérés et ultra-conservateurs concernant la politique d’immigration, par exemple.

Dans une telle situation où un groupe d’ultra-conservateurs a pris le contrôle des différentes forces en présence, le politologue et savant américain Joseph Nye (le développeur du concept de soft power) disait qu’il s’agit « d’une alliance de facto des partisans de la ligne dure ». Dans la série, cette alliance prend une forme concrète quand nous assistons à une tentative d’union entre une organisation terrienne d’extrême droite et les forces rémanentes de Zeon.

Puis, en 1989, vient alors le long métrage Mobile Suit Gundam : Char contre-attaque. Les forces encore actives de Zeon déchaînent la haine en faisant tomber un astéroïde sur la Terre, forçant la totalité des humains à migrer dans l’espace.

La guerre prend alors la forme d’un conflit asymétrique, entre des forces gouvernementales et des organisations non-gouvernementales. On dit que les États-Unis ont justement porté leur attention sur de nouvelles formes de conflits dit « asymétriques » à partir du moment où la chute de l’Union Soviétique avait mis un terme à la Guerre Froide, en 1989. Mais comme on le voit, Gundam avait largement anticipé le phénomène.

Mobile Suit Gundam : Char contre-attaque, sorti en salle 14 ans après la première série télé. Amuro affronte son ennemi juré Char Aznable dans son New-Gundam. ©Sôtsû/Sunrise
Mobile Suit Gundam : Char contre-attaque, sorti en salle 14 ans après la première série télé. Amuro affronte son ennemi juré Char Aznable dans son New-Gundam. ©Sôtsû/Sunrise

Senkô no Hathaway se déroule 12 ans après les événement de Char contre-attaque. Toutes les guerres qui se sont succédé jusque-là n’ont pas rendu le monde meilleur.

L’environnement terrestre se détériore en raison du réchauffement climatique, et seuls les membres de la classe d’élite à la tête du régime de la Fédération terrienne y ont accès librement. Tous les autres, les outsiders, extrêmement majoritaires, sont forcé à partir dans l’espace. Les enfants des riches sont riches, les enfants des pauvres sont pauvres. Les disparités sociales sont immuables, et aucun effort personnel ne peut changer la situation. Malgré la réalité inhumaine du système, celui-ci est incassable. Pour détruire ce monde, Hathaway Noah, le personnage principal, n’a d’autre solution que de rejoindre le féroce mouvement anti-fédéral, même s’il sait que ce n’est pas la bonne voie à suivre. C’est ainsi qu’il devient le pilote du Mobile Suit le plus avancé, le Xi Gundam, avec lequel il affronte les forces fédérales.

Cette fois, l’histoire réelle a divergé du monde de Gundam. En effet, les acteurs principaux des guerres actuelles sont les drones et les informations. Par exemple, dans le conflit du Haut-Karabagh, qui s’est déroulé en 2020, l’Azerbaïdjan doit sa victoire sur l’armée arménienne à des drones et drones-suicides achetés à bas prix sur le marché.

Or, si Senkô no Hathaway, écrit il y a plus de 30 ans, pourrait de ce point de vue passer pour une œuvre passéiste, force est de reconnaître que ce n’est absolument pas le cas. Une société sclérosée est source de désespoir. C’est donc au contraire la vision d’un monde à venir qui est en jeu dans ce nouveau film.

Tout comme le monde réel est de plus en plus complexe, l’action du film est devenue une mosaïque où le Bien et le Mal se côtoient et s’imbriquent l’un dans l’autre. De fait, il n’est pas facile de répondre aux questions qui a raison ? qui a tort ? qui est juste ? qui est dans l’erreur ? Une seule chose est claire : devenu film, le combat d’Hathaway pose de nouvelles questions à la société actuelle.

Le Kushii Gundam, que pilote Mufty (Hathaway Noah), le héros de Mobile Suit Gundam : Senkô no Hathaway. ©Sôtsû/Sunrise
Le Xi Gundam, que pilote Mufty (Hathaway Noah), le héros de Mobile Suit Gundam : Senkô no Hathaway. ©Sôtsû/Sunrise

Quand le genre Mecha s’élève au niveau de l’art

Alors que la structure dans laquelle Miyazaki Hayao produit ses œuvres est basée sur le modèle Tôei Films qui vise à produire des chefs-d’œuvre, Mushi Productions, où Tomino Yoshiyuki a appris le métier, était basé sur un modèle économique totalement différent, dans lequel le déficit structurel de la production des animés est abondé par les revenus de produits dérivés.

C’est un modèle économique risqué, fragile au moindre déséquilibre. Par auto-dérision, Tomino lui-même a parfois qualifié ses films de « films publicitaires pour jouets ».

J’avais interrogé les créateurs de Gundam à ce propos et tous m’avaient répondu : « Nous avons été traités avec beaucoup de condescendance, pour ne pas dire de mépris, par le reste de la profession. Et l’envie de montrer qui nous sommes vraiment est là ».

Ce qu’il y a d’extraordinaire chez Tomino, c’est qu’il n’a jamais laissé de côté le métier, malgré ce sentiment de condescendance généralisé à son égard. Il a conçu ses robots splendides avec l’idée préalable que c’étaient eux qui allaient vendre. Puis il dessine des actions dramatiques pour les personnages humains. Tomino s’est ainsi aventuré dans un territoire de création que personne avant lui n’avait envisagé, et a trouvé l’équilibre entre les deux extrêmes considérés alors comme contradictoires : plaisir brut et profondeur.

Il ne faut pas s’étonner si Anno Hideaki, le célèbre réalisateur de Neon Genesis Evangelion a publié un livre dans lequel il remonte aux sources de la fascination du film de Tomino, Char contre-attaque.

Aujourd’hui, c’est dans le divertissement que se retrouvent à la fois les meilleurs investissements et les meilleurs talents. Tomino a montré la voie de la rentabilité commerciale et de la profondeur d’expression, les deux piliers de l’industrie de divertissement d’aujourd’hui. L’admiration que lui portent les acteurs de ce domaine s’explique.

L'affiche de Mobile Suit Gundam : Senkô no Hathaway, sorti le 11 juin 2021. ©Sôtsû/Sunrise
L’affiche de Mobile Suit Gundam : Senkô no Hathaway, sorti le 11 juin 2021 ©Sôtsû/Sunrise

(Photo de titre : l’une des premières illustations pour le film Mobile Suit Gundam : Senkô no Hathaway ©Sôtsû/Sunrise)