De l’heroic fantasy typiquement japonais

Berserk a été traduit et publié dans 15 pays, dont la France et les États-Unis, et connaît un très gros succès à l’étranger. Miura a déclaré dans une interview :

« Je n’ai pas vraiment d’image mentale de mes lecteurs étrangers, mais depuis le début, je me suis toujours demandé si une fantasy écrite par un Japonais pouvait fonctionner au delà de mon pays. C’est un peu comme une histoire de samouraï écrite par un étranger, je ne sais pas si les gens l’apprécient malgré un sentiment de malaise, ou si cela fonctionne comme un véritable fantasme... Je ne sais pas encore. »

Cette crainte était peut-être l’une des raisons pour lesquelles les dessinateurs et les romanciers japonais hésitaient à s’attaquer à ce genre. Mais Berserk a tout simplement prouvé que cette crainte était infondée. Ce que Miura a créé, comme nous le savons maintenant, est un chef-d'œuvre d’heroic fantasy que seuls un Japonais peut dessiner, combinant les meilleurs aspects du drame historique moyen-âgeux avec les techniques que le manga japonais a développées au fil des ans.

L’expression graphique de Miura est l’un des sommets du manga japonais, combinant le réalisme gekiga de Hara Tetsuo (Ken le survivant), le réalisme BD d’Ôtomo Katsuhiro (Akira) et le talent pour la mise en scène et la subtilité de Nagai Gô (Mazinger Z et Devil man).

Couverture du tome 15 de Berserk © Miura Kentarô (Studio Gaga/Hakusensha)
Couverture du tome 15 de Berserk © Miura Kentarô (Studio Gaga)/Hakusensha

Son succès critique et commercial a ouvert une sorte de brèche pour les auteurs de mangas et de fictions qui l’ont suivi dans l’élaboration d’une véritable heroic/dark fantasy manga.

D’ailleurs, Miura lui-même n’avait pas une si grande idée en tête, et il semble avoir commencé avec la simple idée de dessiner un méchant sombre et nihiliste comme personnage principal, l’univers fantastique de la magie et des sorcières n’est venu s’ajouter que plus tard.

Une histoire qui ne finira jamais

Le numéro de Young Animal du 10 septembre 2021 (qui porte le n° 18) est un numéro d’hommage, avec le 364e épisode, intitulé « Larmes de rosée », le dernier signé Miura. Tout le Studio Gaga, qui travaille avec Miura sur Berserk depuis des années, s’est donné à fond pour terminer l’épisode. Il figurera dans le 41e tome de la série, qui sortira le 24 décembre. Il présente des révélations essentielles. Le plus étonnant est que lorsque l’auteur a livré le name (le story-board), il ne pouvait savoir que ce serait son dernier épisode. Or, celui-ci révèle l’identité d’un personnage resté mystérieux jusqu’alors, et suggère que le destin de Guts entre de ce moment dans une nouvelle phase.

Ce n’est pas la première fois que le décès d’un mangaka ou d’un écrivain laisse une série qui suivait l’évolution d’un personnage inachevée. On pourrait presque dire que ces séries à épisodes successifs, qui grossissent et deviennent de plus en plus captivantes et sont brutalement interrompues, sont les plus intéressantes, précisément parce qu’elles ne se terminent jamais.

C’est ce qu’on peut dire en tout cas du chef d’œuvre inachevé de Miura Kentarô. Nous continuerons à tourner et retourner les pages de la vie plus que rude de « l’épéiste sombre » qui jamais n’abandonna, jamais notre passion ne s’éteindra. Elles nous laissent la liberté d’imaginer un « après ». La « Dark Fantasy » de Miura Kentarô est tellement passionnante qu’elle ne peut pas avoir de fin.

couverture du premier tome de Berserk © Miura Kentarô (Studio Gaga)/Hakusensha
Couverture du premier tome de Berserk © Miura Kentarô (Studio Gaga)/Hakusensha

(Photo de titre : une partie de la couverture du premier tome de Berserk © Miura Kentarô [Studio Gaga]/Hakusensha)