Un besoin d’augmenter la portée des missiles

— La Russie a déployé son missile air-sol hypersonique Kinzhal sur le bombardier d’attaque Tupolev Tu-22M3, ainsi que sur d’autres avions. Le Japon doit-il également équiper ses nouveaux chasseurs de missiles hypersoniques ?

I.S.  D’après la théorie militaire et d’un point de vue sécuritaire, il est préférable de disposer d’un arsenal varié de types d’armes avec différentes fonctions. Mais nous devons également considérer les coûts budgétaires. Déterminer les types d’armements nécessaires et les endroits où les déployer est primordial, mais nous devons le faire sur la base d’une politique de sécurité nationale portant un regard complet sur tous les facteurs en jeu. Les décisions sur les fonctions que nous devons inclure à la nouvelle génération de chasseurs du Japon doivent être faites en prenant en compte ces points de vue globaux.

Bien sûr, les missiles hypersoniques sont extrêmement avancés en terme de ce qu’ils peuvent faire par rapport aux autres armes du même genre. Mais préparer ces armes pour un déploiement au sein des F-X impliquerait des coûts de développement énormes, et à l’étape actuelle, je ne pense pas que les bénéfices soient suffisants pour justifier un tel prix. Avant de s’embarquer dans un tel programme, il y a d’autre tâches à gérer, notamment celle d’augmenter la portée de nos missiles existants. Le Japon est capable de développer des technologies à la pointe de l’armement mondial dans ce domaine. Nos plateformes de missiles ASM-2 et ASM-3 sont des armes air-navire de haut niveau, et nos plateformes du domaine air-air, ASM-4 et ASM-5, ont des performances équivalentes.

Récemment, le Japon a déployé des missiles à longue portée produits dans d’autres pays, mais nous avons commencé à nous concentrer sur l’augmentation de la portée des armes produites au Japon. Ces améliorations pour nos missiles nous permettrons d’augmenter nos possibilités stratégiques, afin de développer notre propre force dissuasive.

— Les navires des Forces maritime d’autodéfense tels que Izumo et Kaga sont réassignés en tant que « porte-avions légers », et on revendique que le F-35B pourrait à la fois décoller et atterrir sur de telles plateformes. Est-ce que le Japon souhaite également faire du F-X un appareil capable de voler depuis et vers de tels porte-avions ?

I.S.  Des navires tels que le Izumo ne sont pas équipés de catapultes capables de lancer les avions, ce qui signifie que si nous souhaitons y propulser nos chasseurs de nouvelle génération, nous devons dès le stade conceptuel faire en sorte qu’ils soient fabriqués de manière semblable aux avions STOVL à décollage court et atterrissage vertical. La fonctionnalité STOVL est un élément important à considérer, et il sera sans doute une nécessité à l’avenir, mais pour le moment, ce n’est pas une priorité.

— Certains disent que la conception du F-X pourrait se faire en développement conjoint avec les Britanniques. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

I.S.  En décembre 2018, quand les directives du programme de défense nationale ont été publiées, une décision du Cabinet a déclaré que le Japon prendrait la direction du développement du F-X, tout en restant ouvert sur la possibilité d’une coopération internationale. En d’autres termes, le F-X est un projet principalement japonais, mais qui souhaite accueillir les entreprises étrangères prêtes à soutenir nos efforts. Des compagnies américaines telles que Lockheed Martin, qui a développé le F-22 et le F-35, Northrop Grumman, Boeing, et des entreprises britanniques telles que BAE Systems, ont toutes un savoir-faire considérable dans la fabrication des avions de chasse. Pour fournir les moteurs de notre plateforme, des compagnies américaines telles que GE, Pratt and Whitney et l’entreprise britannique Rolls Royce sont des candidats probables. Je pense que le cadre de développement du F-X prendra une forme plus concrète d’ici la fin de l’année.

L’objectif : une supériorité écrasante

— Quels seront les principaux rivaux du F-X dans l’est de l’Asie ?

I.S.  Idéalement, nous aimerions dire que le F-X sera sans rival. Nous devons faire en sorte que notre chasseur soit bien au-dessus de nos concurrents dans le domaine. Nous visons un niveau de technologie bien au-delà de celui que les autres nations cherchent actuellement à déployer. Quand le Japon a fait entrer dans son arsenal le F-15 et le P-3 Orion, il n’y avait aucun autre pays de la région à avoir accès à une telle technologie. Ils savaient donc qu’ils ne pouvaient pas tenir tête au Japon sur ce domaine. La supériorité technologique du pays était donc, en d’autres termes, une force dissuasive.

Le Japon est une nation de plus de 120 millions d’habitants. On ne compte cependant que 250 000 membres des Forces d’autodéfense, sans doute même moins si l’on compte les rotations et le besoin actuel de regarnir les rangs en recrutant. Nous ne pouvons donc nous défendre que contre un nombre assez limité de combattants ou de navires ennemis. Pour protéger la paix du Japon, son indépendance et sa sécurité, nous avons donc besoin de sécuriser un niveau de technologie bien supérieur à celui de nos compétiteurs. Nous devons faire de nos chasseurs de nouvelle génération des avions bien plus avancés que ceux des pays voisins, afin d’être sûrs qu’ils comprennent la supériorité technologique du Japon et cherchent ainsi à éviter de nous nuire. Le F-X deviendra donc une forme efficace de dissuasion. Je pense que le Japon est capable de développer son propre avion de chasse, prêt à accomplir toutes ces tâches.

(Photo de bannière : conception d’artiste de l’avion de chasse F-X, le remplaçant probable du chasseur japonais F-2. Avec l’aimable autorisation du ministère de la Défense. Jiji)