Dans son recueil d’images, le photographe tokyoïte Irwin Wong pointe son viseur sur les passions dévorantes des « tribus » d’otaku et du pouvoir d’attraction de la culture pop nippone et des nombreuses sous-cultures.

Une plongée dans les passions obsessionnelles japonaises

Dans un univers de streaming et d’achats en ligne, on oublie facilement qu’il y eut un temps où la plupart des gens à travers le monde avaient difficilement accès aux produits culturels japonais. Pour dénicher un anime à regarder au début des années 90, il fallait se rendre dans une vidéothèque, et pour préparer des sushis, il fallait chercher les ingrédients dans un supermarché asiatique.

De nos jours, on peut télécharger ou commander ce que l’on veut instantanément, et tout ce qui était étrange et exotique est devenu ordinaire. On trouve du mirin (saké doux pour la cuisine) et du miso au supermarché. Des mots tels que kawaii et otaku font partie du vocabulaire connu de tous. Même le Times, quotidien londonien vénéré, a récemment dit qu’une femme politique anglaise se comportait come dans un « Cosplay Margaret Thatcher ».

En même temps, le kaléidoscope des sous-cultures au Japon reste plus étourdissant que jamais. C’est le thème abordé dans le livre d’Irwin Wong, The Obsessed : Otaku, tribes, and subcultures of Japan (Les Maniaques : Otaku, tribus, et sous-cultures du Japon).

Dans son ouvrage, Wong y présente 42 sous-cultures et personnages. Parmi eux se trouvent les tanganmen, des individus au masque de cyclope, le 1/1 Scale Model Club qui a passé sept ans à construire une copie exacte d’un véhicule blindé allemand, des gangs de motards bôsôzoku ou encore Kobayashi Hideaki, plus connu sous le nom du « papi en uniforme scolaire ».

Des tanganmen, des personnes qui portent des masques de cyclope, posent pour des photos dans une supérette (© Irwin Wong, Gestalten)
Des tanganmen, des personnes qui portent des masques de cyclope, posent pour des photos dans une supérette (© Irwin Wong, Gestalten)

C’est Wong qui a pris la plupart des clichés du livre et a écrit une grosse partie du texte après des années de recherche et de séances photo à travers le Japon. Il explique dans la préface du livre, que « le fil conducteur entre ces sujets est le fait qu’ils poursuivent leurs passions bien au delà de la raison et du raisonnable ».

Kobayashi Hideaki, le « papi à l’uniforme scolaire » (© Irwin Wong, Gestalten)
Kobayashi Hideaki, le « papi à l’uniforme scolaire » (© Irwin Wong, Gestalten)

Une réflexion sur le mot otaku

Au Japon, ces individus aux passions décalées sont souvent appelées otaku, et la maison d’édition avait au départ l’idée d’en faire le titre de l’ouvrage de Wong. Mais ce dernier hésitait à utiliser cette appellation.

Le mot n’a en effet pas exactement la même nuance au Japon et ailleurs. En dehors du pays, on appelle souvent otaku les personnes qui sont tput simplement fans d’animes, de mangas ou de jeux vidéo nippons.

Au Japon, la signification est un brin plus complexe... D’un côté, le terme peut évoquer des indvidus asociaux au point d’en être presque dangereux. Wong précise : « Je savais que plein de gens que j’avais inclus dans le livre ne seraient pas heureux qu’on les nomme otaku ». Dans un sens positif, on peut décrire comme otaku des personnes passionnées par un sujet et vraiment chevronnées. Il existe donc des otaku de l’audio haut de gamme, des otaku du café, ainsi que des otaku du cosplay ou de maquettes en plastique, etc.

L’artiste Toriena est une figure emblématique de la musique chiptune, qui utilise la puce sonore d’anciennes consoles de jeux vidéo pour créer des œuvres d‘une complexité et profondeur étonnantes. (© Irwin Wong, Gestalten)
L’artiste Toriena est une figure emblématique de la musique chiptune, qui utilise la puce sonore d’anciennes consoles de jeux vidéo pour créer des œuvres d‘une complexité et profondeur étonnantes. (© Irwin Wong, Gestalten)