Une stratégie qui repose sur la règle des 5 remplaçants

L’aspect le plus intéressant de la direction suivie par l’équipe japonaise au Qatar est la fluidité des titulaires.

Pendant cette Coupe du monde, l’entraîneur Moriyasu Hajime a fait jouer 22 des 26 joueurs sélectionnés en 3 matchs. Le choix d’opérer la totalité des 5 changements autorisés au cours de match a sans doute été prise en amont du second match, contre le Costa Rica, pour ménager l’équipe qui s’était investie à plus de 100 % lors du premier match contre l’Allemagne, et compte tenu que la possession du ballon par le Costa Rica est généralement faible.

Difficile de dire que ce fut une stratégie payante. Le Japon a eu une meilleure maîtrise du ballon que le Costa Rica, certes, mais la première mi-temps s’est terminée sans une option claire sur la stratégie : fallait-il briser la défense adverse par des attaques massives, ou se concentrer sur des contres, comme nous l’avions fait contre l’Allemagne ? C’est finalement le Costa Rica qui a su imposer son rythme en seconde période, et le Japon s’est incliné 0-1.

Mais, d’un autre côté, si ce choix était resté ponctuel, la stratégie aurait été un peu courte. Or, contre l’Espagne, le match suivant, Itô Junya, Tanaka Ao, Kubo Takefusa et Maeda Daizen, qui n’étaient pas titulaires contre le Costa Rica, étaient tous en bonne condition et ont marqué deux fois en seconde mi-temps pour prendre les trois points, il y a donc clairement quelque chose à dire sur la stratégie de permutation des titulaires sur ces trois matchs.

Moriyasu (à droite) a pleinement tiré profit des 5 remplaçants autorisés. Beaucoup espèrent qu’il continuera à diriger l'équipe (Doha, Qatar, 1er décembre 2022). Jiji Press
Moriyasu (à droite) a pleinement tiré profit des 5 remplaçants autorisés. Beaucoup espèrent qu’il continuera à diriger l’équipe (Doha, Qatar, 1er décembre 2022). Jiji Press

De nombreuses autres équipes, comme l’équipe nationale croate, ont limité au maximum les remaniements d’effectifs, malgré le même calendrier serré. La Coupe du monde est un tournoi intense et court, puis qu’il n’y a que 7 matchs jusqu’à la finale. Il est plus facile d’obtenir la cohésion de l’équipe en multipliant le nombre de joueurs que de renforcer les liens à long terme.

Lors du huitième de finale entre le Japon et la Croatie, les Japonais ont semblé évoluer de façon plus dynamique que leurs adversaires. Et même si les Croates ont habilement analysé la dynamique de l’équipe japonaise, les Japonais n’ont pas été sans occasions. Le Japon s’est finalement incliné après la séance de tirs au but, mais le match a été âpre. Si les Samuraï Blue n’ont pas atteint leur objectif de se qualifier pour les quarts de finale, leur progression est néanmoins appréciable par le fait d’avoir combattu jusqu’au bout à armes égales.

L’équipe asiatique la mieux classée selon les critères de la FIFA est l’Iran (20e), mais lorsqu’il s’agit de la Coupe du monde, tous les adversaires sont d’un calibre supérieur. Il faut être toujours en meilleure condition que l’adversaire pour briser la forteresse des équipes objectivement plus fortes. Le minimum que l’on puisse exiger d’une équipe est de maintenir une condition physique et une intensité de jeu qui l’amène à se donner à plus de 100 %, ce qui se réalise en utilisant tous les remplaçants auxquels elle a droit. L’équipe japonaise l’a prouvé.

Les défis qui attendent les joueurs asiatiques sont clairs

Se qualifier pour les huitièmes de finale en état de fatigue physique après avoir épuisé ses forces en phase de groupes, c’est se faire laminer sans gloire par les nations plus aguerries, qui passeront alors à la vitesse supérieure. La règle des 5 remplaçants par match perdurera-t-elle ? Personne ne peut le dire. Cette règle a été instituée dans le cadre des modifications réglementaires qui ont suivi la crise sanitaire du Covid. Ce que nous savons, c’est que le Japon ne pouvait pas garantir sa qualification en quart de finale sans un effort intense. La gestion de ce paramètre n’a pas été mauvaise, même si l’on peut dire qu’il a manqué un petit quelque chose pour atteindre cet objectif. Il s’agit maintenant de réfléchir aux dispositions à prendre.

En termes de tactique sur le terrain, la défense compacte, organisée et imbriquée contre un adversaire qui possède le ballon a été parfaitement payante contre l’Allemagne et l’Espagne. Contre la Croatie aussi : le but encaissé l’a été sur coup de pied arrêté.

En revanche, comment faire craquer l’adversaire quand nous sommes en possession du ballon est une question qui reste toujours en suspens. Augmenter la variabilité tactique est un must. Améliorer la dangerosité de l’attaque pour trouver la défaillance de l’adversaire par une plus grande circulation du ballon, sans affaiblir la défense, l’est aussi. Les pays asiatiques font encore figure d’outsiders dans une Coupe du monde de football, et le Japon pas moins que les autres. Pour espérer un jour passer dans le groupe des têtes de série, il faut commencer par se préparer.

Les défis qui restent à relever sont devenus visibles. Pour les équipes asiatiques, comme pour le Japon, il n’y a pas lieu d’être déçu des résultats de la Coupe du monde 2022, au contraire, ce fut un événement qui a donné espoir en l’avenir.

(Photo de titre : les joueurs du Japon célèbrent leur victoire sur l’Espagne et leur qualification après la phase de groupes. À Doha, le 1er décembre 2022. Jiji Press)