L’archipel des Gotô, dans la préfecture de Nagasaki, offrent une diversité locale, des paysages naturels époustouflants et des traditions culturelles propres à chaque communauté. Certaines d’entre elles sont toutefois très étranges, comme le brutal et désordonné festival Hetomato, qui se tient chaque année le troisième dimanche de janvier (19 janvier 2025). Ses origines, ainsi que l’étymologie de son nom, sont un mystère pour tout le monde, y compris les habitants. Les paysages féériques de la fin de l’hiver et les danses des morts du milieu de l’été sont également de bonnes raisons pour une précieuse visite des îles !
Hetomato : le festival le plus étrange du pays ?
Voyager à travers le Japon en photographiant les différents festivals m’a convaincu que les petites îles du pays abritent les traditions les plus inhabituelles. Presque chacune sur laquelle j’ai posé les pieds possède sa propre célébration unique, voire carrément bizarres. Peut-être est-ce l’isolement de ces communautés éloignées qui donne naissance à une culture locale aussi distincte...
J’ai vécu de nombreuses fêtes étranges et merveilleuses, comprenant des mêlées d’hommes pratiquant la lutte de manière très agressive, et des traditions légèrement surréalistes, maintenues en vie par les habitants d’îles peu peuplées situées aux confins du pays.
De tous les festivals insulaires étranges au Japon, celui appelé « Hetomato », sur l’île de Fukue, faisant partie de l’archipel des Gotô dans la préfecture de Nagasaki, a toujours été particulièrement attirant pour moi. Tenu dans le quartier de Shimosakiyama lors du troisième dimanche de janvier (en 2025, le 19 janvier), Hetomato marque la première pleine lune de la nouvelle année. Les racines du festival restent quant à elles un mystère. Personne, pas même les locaux, ne semble savoir comment ni quand la mise en place du Hetomato a commencé. Les origines du mot « Hetomato » sont également inconnues.
J’ai toujours admiré la façon dont les habitants gardent la tradition vivante sans ressentir le besoin de bricoler une explication de ses origines supposées ou de son sens profond. J’étais excité de voyager sur l’île et d’avoir un aperçu de première main de ce curieux festival. Et il ne m’a pas déçu.
Des femmes célibataires prises pour cibles
Le Hetomato commence par des luttes de sumo amateur dans l’enceinte du sanctuaire Shirahama. Une fois les représentations terminées, deux femmes vêtues de kimonos ornés et perchées au sommet de barils de saké effectuent le hanetsuki, un jeu de battes et de volants traditionnellement joué au Nouvel An. Mais les choses dégénèrent rapidement à partir de ce moment.
Les rues se remplissent alors de jeunes hommes couverts de suie qui se battent frénétiquement pour la possession d’un waradama, une lourde boule de paille faite d’une corde à enroulement épais, dans un jeu appelé tamaseseri. Ce qui suit ressemble à une compilation des scènes de festivals les plus bizarres. Les choses bougent très vite, et j’ai dû redoubler d’efforts pour suivre le rythme.
Pendant cette partie agitée des festivités, des spectateurs innocents sont enduits de suie, connue localement sous le nom de hegura. Les femmes crient et courent désespérément pour échapper aux griffes sales des hommes barbouillés, tandis que de nombreux enfants sanglotent de manière incontrôlable sous le choc. J’ai subi plusieurs fois ce traitement en prenant des photos. Les victimes, sonnées et confuses, recevraient une bonne année de chance et une protection contre la maladie.
L’excitation atteint son paroxysme avec l’entrée d’un énorme waraji (sandale de paille) pesant 350 kilos. La sandale défile dans les rues, portée par les hommes les plus forts de l’île. À l’apparition de la sandale géante, les jeunes femmes commencent à paniquer - et pour cause ! Toute femme célibataire peut être attrapée et projetée sur le dessus de la sandale, avant d’être soumise à de violents chocs pendant que le cortège avance dans les rues...
J’ai vu une femme capturée juste devant mes yeux. Le regard inquiet sur son visage lorsqu’elle tentait de s’échapper, et son désespoir quand elle a finalement été rattrapée, suggèrent que cette partie des festivités n’est pas universellement populaire. La vue de la chaussure géante rebondissant lentement dans les rues, transportant une femme après l’autre, résume à elle seule cette impression d’être dans un autre monde, qui fait d’un festival insulaire comme celui-ci une expérience si inhabituelle et inoubliable. Cependant, ces scènes, qui se déroulent ici chaque année depuis des siècles, sont devenues des coutumes séculaires dignes de respect et suscitant parfois la crainte. Le festival est effréné, fort en émotions. Certains visages sont souriants, d’autres hurlants.
La célébration d’aujourd’hui rassemble plusieurs événements qui se sont déroulés dans le passé sur des jours différents, donnant à Hetomato son atmosphère riche et distincte.








