Au Japon, l’extérieur est considéré comme « un monde impur »

La célèbre anthropologue Nakane Chie (née en 1926) a mis en évidence l’importance des concepts de uchi (« l’intérieur », « le dedans ») et soto (« l’extérieur », « le dehors ») dans la culture de l’Archipel. Au Japon, l’intérieur de la maison est considéré comme pur (propre) par rapport au monde extérieur rempli de souillures (sale). L’entrée (genkan) marque la limite entre les deux. Si l’on enlève ses chaussures avant de pénétrer à l’intérieur, c’est pour éviter d’y introduire des impuretés. Et si l’on se chausse avant de sortir, c’est pour protéger son corps de ces mêmes souillures.

Au Japon, l’usage veut que l’on ôte ses chaussons d’intérieur avant d’entrer dans un espace équipé de tatamis. (Pixta)
Au Japon, l’usage veut que l’on ôte ses chaussons d’intérieur avant d’entrer dans un espace équipé de tatamis. (Pixta)

Des chaussures spéciales pour l’école

Les élèves de la plupart des établissements scolaires de l’Archipel changent de chaussures dès leur arrivée sur place et ce, de l’école primaire jusqu’au lycée inclus. L’origine de cette pratique remonte à l’époque d’Edo (1603-1868). Les enfants du peuple apprenaient alors à lire, écrire et compter dans des écoles privées appelées terakoya. Et comme les cours avaient lieu dans des espaces couverts de tatamis, ils retiraient leurs chaussures. À partir de la Restauration de Meiji (1868), les nattes de paille ont laissé place à des planchers en bois ou en béton et dans les années 1930, les uniformes scolaires se sont occidentalisés. Les autorités ont donc décidé qu’au lieu de circuler pieds nus ou en chaussettes traditionnelles (tabi) dans l’enceinte des écoles, les élèves porteraient des chaussures spécifiques appelées uwabaki. Le modèle actuel le plus courant date de la fin des années 1950. Il se présente sous la forme de ballerines blanches dont l’empeigne est renforcée par une bande de caoutchouc colorée ou pas. Dans certains établissements, les enfants sont autorisés à porter des chaussures de sport en guise de uwabaki.

(À gauche) Un modèle classique de uwabaki, les chaussures souples, légères et faciles à enfiler que portent les enfants japonais dans l’enceinte de leur école (Pixta). (À droite) Des casiers de rangement pour uwabaki, dans l’entrée d’un établissement scolaire (Photo Library)
(À gauche) Un modèle classique de uwabaki, les chaussures souples, légères et faciles à enfiler que portent les enfants japonais dans l’enceinte de leur école (Pixta). (À droite) Des casiers de rangement pour uwabaki, dans l’entrée d’un établissement scolaire. (Photo Library)

Des pantoufles pour tous les goûts

Les fabricants de chaussures sont constamment à l’affût de versions de chaussons d’intérieur toujours plus innovantes, à même de séduire leur clientèle. Doublure confortable, semelle de massage par acupression, propriétés antibactériennes et anti-odeur… Rien ne les arrête. Il existe même des pantoufles prévues pour servir de serpillière. D’autres sont conçues pour être lavées à la machine ou pour éviter les glissades. Et dans certaines familles, on utilise des paires différentes pour chaque saison. Autant de preuves que les pantoufles font partie intégrante de la vie quotidienne des Japonais.

(À gauche) Chaussons d’intérieur bien chauds pour l’hiver (Pixta). (Au centre) Pantoufles avec semelle de massage par acupressure (Pixta). (À droite) Pantoufles faisant office de serpillière (© Tatsuo Yamashita).
(À gauche) Chaussons d’intérieur bien chauds pour l’hiver (Pixta). (Au centre) Pantoufles avec semelle de massage par acupressure (Pixta). (À droite) Pantoufles faisant office de serpillière (© Tatsuo Yamashita).

(Photo de titre : au Japon, on est tenu de retirer ses chaussures et d’enfiler des pantoufles avant d’entrer dans une maison. Pixta)