En début de voyage, Bashô s’imagine mourir en chemin.

野ざらしを心に風のしむ身哉 芭蕉

Nozarashi o / kokoro ni kaze no / shimu mi kana

Squelette exposé aux éléments
Corps et âme
Serai-je glacé par le vent ?

(Poème écrit par Bashô en 1684), traduction par Chloé Viatte

À l’automne 1684, Matsuo Bashô a la quarantaine quand il part d’Edo (l’actuelle Tokyo). En route vers sa ville natale à Ueno, dans la province d’Iga (dans l’actuelle préfecture de Mie), il parcourt à pied les régions du Tôkai et du Kansai et ne sera de retour à Edo qu’au début de l’été 1685. Il relate son périple dans son journal intitulé « Mes os blancs sur la lande » (Nozarashi kikô). Le poème ci-dessus est au début du récit, le poète y exprime ses affres du voyage.

L’expression nozarashi signifie « exposé aux intempéries » et sous-entend qu’un squelette est battu par les éléments. Jadis, il était périlleux de voyager et il n’était pas rare que des voyageurs meurent loin de tout. Dans la première partie son haïku, Bashô imagine ses os blanchis au bord de la route s’il venait à mourir en chemin.

Mi ni shimu est un terme consacré servant à signifier l’automne et ses frimas qui glacent jusqu’aux os. Bashô écrit kaze no shimu mi kana pour dire combien il se voit transi par le vent d’automne.

Le poète utilise à dessein l’expression « corps et âme » (kokoro et mi) car le dualisme est très prisé en haïku. Il imagine son cadavre exposé aux intempéries, et cette appréhension le rend encore plus sensible à la morsure du vent froid d’automne.

Un mois et demi après son départ, à son arrivée à Ôgaki (dans l’actuelle préfecture de Gifu), Bashô écrira encore : Shini mo senu / tabine no hate yo / aki no kure (J’aurais pu y trouver la mort / au terme du voyage / la fin de l’automne). Il avait imaginé trouver la mort en chemin et il a pourtant été au bout du voyage et de l’automne. Mais son journal « Mes os blancs sur la lande » nous dit combien la mort n’est jamais loin quand on part sur les routes.

(Photo de titre : Pixta)