Donner la priorité aux faits sans insister sur le patriotisme

L’étude réalisée dans le cadre du projet de l’APARC a donné des résultats qui démentent à bien des égards la vision donnée en général par les médias non seulement en Asie, mais aussi aux Etats-Unis. Les manuels japonais, loin de montrer une propension au nationalisme, sont ceux qui semblent le moins susceptibles de déclencher des pulsions patriotiques. Ils ne font pas l’éloge de la guerre, pas plus qu’ils n’insistent sur l’importance de l’armée, et ils ne mentionnent aucun exemple d’héroïsme sur les champs de bataille. Ils se contentent de donner une chronologie relativement succincte des événements accompagnée de quelques explications limitées.

Extrait d’un manuel d’histoire japonais à propos de l’ « incident de Mandchourie »

Les manuels d’histoire japonais sont délibérément rédigés dans un style relativement modéré, de façon à éviter toute interprétation mal venue et parce qu’ils sont censés préparer les élèves à l’examen d’entrée à l’université. Mais ils n’en contiennent pas moins un message clair, même s’il est légèrement implicite, à savoir que les guerres en Asie sont le résultat de l’impérialisme et de l’expansionnisme japonais et que la décision des autorités de l’Archipel d’entrer en guerre avec les Etats-Unis a été une erreur catastrophique qui a eu un impact désastreux sur le pays et sur sa population civile. C’est d’ailleurs cette vision des faits qui a poussé des critiques révisionnistes à écrire de nouveaux manuels d’histoire pour corriger ce qu’ils considèrent comme une version « masochiste » de l’histoire du Japon contemporain.

Contrairement à une idée reçue, les manuels d’histoire japonais n’éludent en aucune façon les moments de la guerre les plus controversés. Les plus courants d’entre eux contiennent des passages, il est vrai peu détaillés, sur les massacres de civils chinois perpétrés par les forces japonaises en 1937 à Nanjing.(*2) Certains font aussi état du travail forcé imposé aux populations des zones occupées par le Japon, y compris l’enrôlement forcé de « femmes de réconfort » destinées aux soldats des armées impériales.(*3) On notera toutefois que l’annexion de la Corée par le Japon n’est pratiquement jamais mentionnée.