Créer des synergies

Pour que Hokkaidô puisse donner toute sa mesure, il faudra renforcer et développer les réseaux dans l’île et en dehors. L’opération la plus délicate va consister à utiliser pleinement les infrastructures sociales qui se sont constituées au fil du temps, autrement dit à trouver un nouveau système qui permette de gérer les infrastructures déjà en place d’une façon plus efficace. L’île de Hokkaidô occupe une position géographique privilégiée. Elle se trouve en effet à proximité non seulement des autres îles du Japon, mais aussi du reste de l’Asie de l’Est, de l’Europe, et de l’Amérique du Nord. Une position idéale pour créer un pôle des routes aériennes et maritimes de l’hémisphère nord. L’arrivée du Shinkansen (le train à grande vitesse japonais) à Hakodate, prévue en 2016, devrait encore augmenter le potentiel de l’île en matière de transport.

Le réseau routier de Hokkaidô doit être lui aussi amélioré et développé de façon à faciliter l’accès aux biens, la prévention des catastrophes et les soins de santé. Mais il faut savoir que si certaines zones se prêteront à un renforcement et à une concentration des agglomérations, d’autres resteront peu peuplées pour des raisons d’ordre socio-économique.

Protéger le territoire et l’environnement : une nécessité

Une autre priorité, c’est une politique de protection du territoire et de l’environnement qui soit adaptée aux besoins spécifiques de Hokkaidô. Mais en raison des caractéristiques climatiques et démographiques de l’île, faire bénéficier sa population des services publics est beaucoup plus coûteux qu’ailleurs, même en prenant les mesures les plus efficaces possibles. Pour améliorer la compétitivité du secteur agricole, il faut envisager de verser des subventions directement aux exploitants, comme le fait l’Union européenne. Il est par ailleurs nécessaire de veiller à ce qu’il y ait des communautés permanentes d’une taille suffisante dans les îles et les zones isolées situées à proximité de frontières avec d’autres pays, et ce, dans une perspective non seulement de protection du territoire mais aussi de sécurité nationale. Dans l’île de Hokkaidô, il n’y a pratiquement aucun endroit qui soit dépourvu de toute activité humaine, même dans les sites inscrits au patrimoine mondial de l’humanité et dans les parcs nationaux. Mais pour que cet environnement naturel continue à être entretenu et protégé en tant que patrimoine national, la population ne doit pas décliner au-delà d’un certain seuil.

Le terrible séisme suivi d’un tsunami du 11 mars 2011 a suscité une vive inquiétude à propos de la gestion des catastrophes. À cette occasion, les autorités de la préfecture de Hokkaidô ont proposé d’organiser une « structure de secours » qui permettrait un transfert des fonctions économiques centralisées dans la métropole de Tokyo. Le groupe d’assurances AXA Japon a d’ores et déjà décidé d’installer à Sapporo une partie des activités de son siège, situé à Tokyo.

Le rôle respectif de l’État et des autorités locales

Les effets négatifs du déclin démographique rapide commencent à se faire sentir non seulement au niveau de la préfecture, mais aussi – et de façon beaucoup plus aigüe – dans un certain nombre d’agglomérations de Hokkaidô, et ce, en raison du contexte géographique et climatique de l’île et de l’histoire de son développement dans le cadre d’une politique menée par l’État japonais. Mais il existe aussi de nombreux exemples d’initiatives locales prometteuses qui s’appuient sur les ressources disponibles, l’environnement naturel et la situation géographique particulière de Hokkaidô.

Il faut espérer que les autorités locales, les entreprises et les habitants de l’île vont comprendre la nécessité d’une intégration indispensable des systèmes et des infrastructures, d’un partenariat des secteurs public et privé et d’un développement optimal des réseaux locaux et internationaux. Dans le même temps, il faudrait que le gouvernement japonais aille dans le sens d’une décentralisation du pouvoir politique de façon à encourager les initiatives en reconnaissant que le rôle des autorités locales ne se limite pas à se concurrencer les unes les autres comme des entreprises privées sur le marché.

Enfin, il ne faut pas oublier à quel point la protection du territoire et de l’environnement est difficile à assurer avec des normes uniformes conçues à l’échelle du pays. De ce point de vue, Hokkaidô doit servir d’exemple à bien des égards pour l’élaboration d’un modèle de redynamisation régionale à travers une proche collaboration de l’État et des autorités locales.

(D’après un texte en japonais du 12 décembre 2014. Photo de titre : Dans la station de ski de Niseko, très fréquentée par les Australiens, beaucoup des enseignes et des panneaux de signalisation sont en anglais. — Février 2011, Jiji Press.)

(*1) ^ Augustin Berque (professeur au Collège de France) , Dictionnaire historique du Japon (Maison Franco-Japonaise,Tokyo), fascicule VIII, page 33, article Hokkaidô. — N.d.T

(*2) ^ Une mesure qui consiste à procéder à une évaluation ponctuelle des projets de travaux publics suspendus depuis longtemps, afin de décider s’il y a lieu de les continuer ou pas. Hokkaidô était la première à l'introduire en 1997.

(*3) ^ L’île de Hokkaidô a été nommée « région » modèle du système dôshûsei en 2006 et un certain nombre de compétences jusque-là nationales lui ont été transférées.