Le déclin de la population vu comme un reflet de la démographie japonaise

Le malentendu à propos du déclin de la population de Fukushima consécutif à la catastrophe survenue à la centrale nucléaire comporte trois aspects qui méritent qu’on s’y attarde. Le premier concerne les évacués contraints par les circonstances de rester en dehors de la préfecture. Nombre de ces personnes déplacées n’ont pas été en mesure de trouver un emploi stable ou un logement permanent. Pour certaines d’entre elles, la diaspora a généré un sentiment d’isolement sans espoir. Le soutien de l’État n’a pas été à la hauteur, en partie parce que ces déplacés, dont le nombre était relativement réduit, n’ont pas été considérés comme une priorité majeure. Et l’assistance fournie par les organisations à but non lucratif diminue de jour en jour.

Le second point concerne les résidents qui sont restés sur place. Rappelons que c’est le cas de plus de 97 % des gens qui vivaient dans la préfecture à l’époque du grand tremblement de terre de l’est du Japon. Dans le débat sur Fukushima après le séisme, l’évacuation a occupé une place disproportionnée. De nombreux évacués continuent bien entendu de vivre sur des sites à l’intérieur de la préfecture, tout comme d’autres ont trouvé refuge ailleurs sur le territoire japonais. Mais l’histoire de Fukushima est avant tout celle de gens qui poursuivent ou reconstruisent leurs vies dans leurs logements et leurs quartiers d’origine. Les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien devraient être au cœur de nos préoccupations lorsque nous nous penchons sur les problèmes de Fukushima.

Le troisième aspect relève de la démographie. Le vieillissement rapide de l’ensemble de la population japonaise n’est pas nouveau et il s’accélère d’année en année. Fukushima s’inscrit dans cette tendance globale. L’exode des populations associé aux événements de mars 2011 n’est qu’un petit sursaut de cette tendance à long terme. Le graphique ci-dessous en apporte une éclatante démonstration.

La population de Fukushima a culminé à la fin des années 1990, avant d’amorcer ce que la démographie nous oblige à considérer comme un déclin prolongé. La baisse de la population de Fukushima a enregistré une accélération soudaine après la catastrophe du 11 mars, et le malentendu qui a conduit à multiplier par dix le chiffre réel des pertes de population s’est nourri de ce phénomène, dont l’impact sur la tendance à long terme a pourtant été mineur. La population de Fukushima a continué de décliner en 2012, 2013 et 2014. Mais on notera avec intérêt que le rythme de ce déclin a été plus lent que dans d’autres départements, tels que ceux de Kochi et d’Akita.

La diminution et le vieillissement de la population constituent à l’évidence une question éminemment préoccupante pour la nation japonaise. Tokyo et les autres grandes métropoles attirent depuis longtemps les jeunes des régions rurales, phénomène qui n’a fait qu’aggraver les problèmes de baisse et de vieillissement de la population que connaissent ces préfectures. Le sentiment de crise démographique qui se répand dans le Japon non urbain est clairement exposé dans le livre Chihô shômetsu : Tokyo ikkyoku shûchû ga maneku jinkû kyûgen (Le déclin des régions du Japon : l’effondrement de la population provoqué par sa concentration excessive à Tokyo [Tokyo: Chûô kôron shinsha, 2014]).

On voit donc que le déclin de la population de Fukushima s’insert dans le destin démographique global du Japon. Les problèmes de diminution et de vieillissement de la population observés à Fukushima affectent aussi les autres régions non urbaines du pays. Voilà pourquoi tous les Japonais devraient voir Fukushima non pas comme un spécimen démographique anormal mais comme un membre de la même famille.