Un art qui a failli tomber dans l’oubli au Japon

Une jeune fille, la tête tournée vers la droite, s’essuie les mains avec un linge. Son kimono largement ouvert laisse dépasser un sein.
L’art des shunga a commencé à être connu en Occident vers la fin de l’époque d’Edo. Lorsque le commodore Matthew Perry (1794-1858) a contraint le shogun à signer un traité autorisant les bateaux étrangers à pénétrer dans deux ports japonais, en 1854, il a reçu des « images de printemps » en guise de cadeau officiel. Par la suite Picasso, Rodin et Toulouse-Lautrec ont manifesté une admiration sans bornes pour les estampes érotiques japonaises. Curieusement, à partir du moment où l’Archipel s’est occidentalisé, les Japonais ont préféré reléguer ce type d’art aux oubliettes. Et il a fallu attendre les années 1970 pour qu’une exposition lui soit consacrée au Japon.
L’exposition du British Museum réaffirme l’importance des shunga dans l’art japonais. Mais les chercheurs de ce musée pensent qu’à l’heure actuelle, il est encore trop tôt pour présenter une manifestation d’une telle ampleur au Japon.
« Les shunga ont, de toute évidence, fait partie intégrante de la culture japonaise, au moins jusqu’au XXe siècle », affirme Andrew Gerstle, spécialiste de l’époque d’Edo et professeur au SOAS (School of Oriental and African Studies) de l’Université de Londres. « Les gens sont surpris quand on leur dit que cette exposition n’a pas encore été présentée au Japon. »
D’après Tim Clark, l’exposition du British Museum a reçu un accueil extrêmement favorable en Grande Bretagne et au Japon. À Londres, le nombre des visiteurs était déjà proche de l’objectif que les organisateurs espéraient atteindre, un mois et demi après l’inauguration.
Yano Akiko, qui est chercheur associé au Centre de recherches japonaises du SOAS, a collaboré à la préparation de l’exposition du British Museum. Elle souligne que l’équipe qui organise cette manifestation a fait des « efforts énormes pour expliquer aux visiteurs un phénomène artistique complexe de l’époque moderne ».
« Je craignais que nous ayons fini par en faire trop », ajoute-t-elle. « Mais la plupart des gens semblent très intéressés par nos commentaires. Je crois qu’ils comprennent le message ce que nous avons essayé de leur faire passer et qu’ils apprécient pleinement l’exposition. C’est encore mieux que tout ce que nous avions imaginé. »
(Texte original en anglais et photographies : Tony McNicol. Images des shunga avec l’aimable autorisation du British Museum)


