L’art pictural en tant que forme d’expression privilégiée

Une fois installé à New York, Cai Guo-Qiang est retourné au Japon tous les deux ou trois ans pour des expositions et des conférences. Et depuis le séisme qui a frappé le nord-est de l’Archipel en mars 2011, il y revient chaque année. En 2013, il a ouvert le Musée d’art contemporain SMoCA (Snake Museum of Contemporary Art, littéralement « le musée d’art contemporain en forme de serpent ») d’Iwaki, dans la préfecture de Fukushima, dans le cadre du « projet des dix mille cerisiers d’Iwaki » (Iwaki manbon sakura project). L’objectif de ce projet, qu’il a lancé en collaboration avec les habitants de la ville, est de planter 99 000 cerisiers en l’espace de 99 ans. À l’heure actuelle, plus de 2 000 de ces arbres sont déjà en place.

Ignition at SMoCA. Everything is Museum N° 4. Mise à feu de poudre à canon sur 99 tuiles provenant de Quanzhou, lors de l’inauguration du Musée d’art contemporain SMoCA d’Iwaki, en 2013. © Cai Guo-Qiang (Photo : Izumiya Gensaku)

Au moment précis où Cai Guo-Qiang songeait à intensifier ses activités au Japon, le Musée d’art de Yokohama lui a proposé de lui consacrer une exposition personnelle. Le titre de cette manifestation Kikyorai fait directement référence à une ode du célèbre poète taoïste Tao Yuangming (appelé également Tao Qian, 365-427), où celui-ci évoque sa terre natale. Il indique une volonté de la part de Cai Guo-Qiang de revenir au point de départ de sa carrière et de retrouver la pureté de ses débuts en tant qu’artiste. Le catalogue contient aussi un texte de Cai Guo-Qiang à propos de son séjour le plus récent au Japon où l’on peut lire ce qui suit : « Je me suis focalisé sur l’art pictural en pensant à la composition et à la façon d’exprimer les émotions propres à la peinture japonaise, ainsi qu’à la pensée, la façon de vivre et la culture de l’Orient. Et j’ai essayé de traduire tout cela avec le langage et les moyens d’expression de la peinture contemporaine. »

Cai Guo-Qiang explique aussi que c’est en faisant des recherches sur le philosophe et critique d’art Okakura Tenshin (1863-1913) qu’il a commencé à accorder de l’importance non seulement aux performances artistiques mais aussi à l’art pictural. Okakura Tenshin a joué un rôle déterminant dans la création de l’Institut des beaux-arts et de la musique de l’Université de Tokyo et de la première académie d’art du Japon. En 1910, il est devenu conservateur du département de la Chine et du Japon du musée des beaux-arts de Boston, aux États-Unis. À l’époque, le Japon était en proie à la grande vague d’occidentalisation qui avait débuté avec l’ère Meiji (1868-1912), mais Okakura Tenshin était parfaitement conscient de la force des valeurs orientales et de leur importance pour le monde. C’est pourquoi en 1906, il a écrit un ouvrage en anglais intitulé The Book of Tea (Le Livre du thé, traduction en français, Philippe Picquier, 2006)