Feux d’artifices et peinture érotique japonaise (shunga)
Quand Cai Guo-Qiang est arrivé au Japon, en 1986, il a commencé à travailler avec des feux d’artifices conçus pour être utilisés à la lumière du jour, en essayant d’exprimer des couleurs. Black Rainbow (Arc-en-ciel noir) réalisé en 2005 en Espagne, et Black Fireworks (Feu d’artifice noir) mis en œuvre en 2008, à Hiroshima, s’inscrivent dans cette veine. En 2014, l’artiste a utilisé des feux d’artifices spécifiques pour la pleine lumière lors de l’inauguration de Cai Guo-Qiang : The Ninth Wave (La Neuvième vague), une exposition personnelle qui lui a été consacrée à Shanghai.
Les feux d’artifice nocturnes sont faits d’éclats lumineux qui s’évanouissent presque aussitôt dans la nuit. Mais les spectacles pyrotechniques diurnes sont essentiellement constitués de fumées qui suivent les mouvements de l’air en se mêlant et en se fondant dans la grande toile du ciel, comme s’il s’agissait d’une aquarelle ou d’une peinture à l’encre de Chine. La perception des couleurs et les sensations que Cai Guo-Qiang a développées en travaillant sur les feux d’artifice diurnes ont influencé une série d’œuvres intitulée Seasons of Life (Les saisons de la vie), une première incursion de l’artiste dans le domaine de la peinture érotique japonaise (shunga), à l’occasion de l’exposition que le Musée d’art de Yokohama lui a consacré.
Le shunga est l’expression même du flux continuel de la vie et à ce titre, il inclut aussi les changements de la nature au fil des saisons. Il s’inscrit dans le contexte de la conception orientale de l’unité de l’espace et du temps, une conception que l’on retrouve aussi dans l’art contemporain. Le recours aux feux d’artifice, un moyen d’expression impossible à contrôler entièrement, peut donner naissance à des œuvres d’une beauté singulière allant bien au-delà de ce que l’artiste a imaginé. Comme l’a dit Okakura Tenshin, l’essence de la culture japonaise réside dans des tentatives minutieuses de recherche de la beauté éternelle dans l’imperfection.



