À l’heure actuelle, les bols à thé (chawan) raku de couleur noire font l’objet d’une attention croissante dans le monde. Le premier d’entre eux a été façonné par Chôjirô, le fondateur de la famille de potiers Raku, à la demande de Sen no Rikyû (1522-1691), le maître de la cérémonie du thé (cha no yu) qui a porté cet art à un degré de raffinement sans précédent. Pourquoi la beauté émanant de sobriété (wabi) de ces bols exerce-t-elle une pareille fascination, y compris en dehors du Japon ? C’est la question que nous avons posée à Raku Kichizaemon XV, descendant à la XVe génération du créateur de ces fameux chawan.
Un bol à thé traditionnel qui fascine le monde entier
Chôjirô (1516?-1592), le fondateur de la famille de potiers Raku, est l’auteur d’un bol à thé Raku noir remarquable par l’irrégularité de sa forme, l’austérité de sa couleur et une absence totale de décor. Il a réalisé ce chef-d’œuvre de sobriété au cours de la seconde moitié du XVIe siècle, à la demande du grand maître de l’art du thé Sen no Rikyû. Chôjirô a façonné cette céramique à la main de façon à ce qu’elle repose délicatement dans la paume du buveur de thé, en lui donnant l’impression qu’il s’agit d’un objet de terre encore malléable. Sous son apparence modeste et paisible, ce chawan incarne la profondeur d’esprit de Chojirô et Sen no Rikyû, deux hommes de l’époque brillante de Momoyama (1568-1603) qui ont accordé une importance vitale au concept esthétique de wabi et aux notions de tranquillité, de solitude, de simplicité et de frugalité allant de pair avec.
Raku Kichizaemon XV, né en 1949, est l’héritier en titre du fondateur de la lignée de potiers Raku. Il s’est lancé dans un projet sans précédent consistant à montrer en dehors du Japon – dans des pays où la cérémonie du thé (cha no yu) est très peu connue – les bols à thé hautement inspirés créés par sa famille avec les techniques qu’elle s’est transmises de père en fils depuis la première jusqu’à la seizième (et prochaine) génération. En 1997, des expositions ont eu lieu en Italie, en France et aux Pays-Bas. Et en 2015, quelque 170 œuvres ont été présentées au musée d’Art du comté de Los Angeles (LACMA) aux États-Unis, ainsi que dans les deux plus grands musées d’art de la Russie, à savoir le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et le musée des Beaux-arts Pouchkine de Moscou. Ces manifestations ont attiré environ 190 000 personnes. Les bols a thé Raku, emblèmes de l’esthétique japonaise liée aux concepts de wabi et sabi (sobriété, rusticité), ont partout eu droit à un accueil enthousiaste, ce qui a vivement touché la famille Raku.

Sen no Rikyû aimait, paraît-il, tout particulièrement ce bol. L’école Omotesenke – une des trois lignées descendant directement du grand maître du thé – l’utilise en principe uniquement à l’occasion des célébrations dédiées à sa mémoire.

