Une présence bien-aimée
« Ce projet – diagnostic, réparations et nettoyage – a montré avec force, s’émerveille Morii, ce que représente le Daibutsu pour les Japonais. La presse a consacré beaucoup de reportages au projet. Et les visiteurs n’ont cessé d’affluer jusqu’au Kôtoku-in pour jeter un coup d’œil, même en sachant que le Daibutsu était sous les voiles. »
Le fait que la plupart des visiteurs pour le moins savaient que le Daibutsu était « caché » est un tribu aux consciencieux efforts du Kôtoku-in et de la communauté. Le temple a notifié très clairement le projet sur sa page d’accueil impeccablement entretenue et a renoncé au prix d’entrée usuel de 200 yens lorsque le Daibutsu était hors de vue. Demander le chemin dans un magasin vers le temple conduisait invariablement à la réponse : « Vous ne pourrez pas voir le Daibutsu. » Mais les gens ont continué à venir.
« Les gens semblaient sentir la présence du Daibutsu, observe Satô, alors même qu’ils ne pouvaient pas le voir de leurs yeux. » Morii acquiesce. « Ils voulaient juste se rapprocher », note-t-il. « C’est plus que le simple fait de voir quelque chose. » Satô ajoute que le sens du toucher est également important pour expérimenter le Daibutsu.
« Notre politique d’ouverture, qui permet aux visiteurs d’aller à l’intérieur du Daibutsu, est en relation avec notre désignation comme trésor national », déclare Satô. « Les administrateurs du programme des trésors nationaux voient cet accès d’un mauvais œil. Ils montrent les graffitti et les chewing gums que des visiteurs négligents ont laissé sur les parois. Et ils soutiennent que nous devons arrêter de laisser les gens entrer. »
« Je reste ferme, toutefois, pour que la porte reste ouverte. L’accès à l’intérieur est particulièrement important pour les visiteurs malvoyants. Placer les mains sur le bronze et sentir le froid de l’hiver ou la chaleur de l’été apporte une interaction incroyablement intime avec le Daibutsu. Je ne vais jamais sacrifier ça juste pour éviter d’avoir à retirer du chewing gum et des graffitis. »
Les chewing gum et les graffiti sont, bien entendu, une lamentable preuve de comportement honteux, quoique celui d’une infime minorité de visiteurs. « Nous avons nettoyé certains graffitis. Ceux écrits aux feutres sont relativement faciles à enlever à l’alcool. Mais curieusement, les inscriptions à la craie et à l’encre sumi sont tout simplement impossibles à effacer. Bien sûr, nous pourrions les sabler, mais cela endommagerait le bronze. Et ce serait contre notre politique de préserver le Daibutsu tel qu’il est. »

