Mettre en valeur les liens entre l’ethnologie et l’art
Après la guerre, la force motrice de Tarô fut sa quête des traditions japonaises. Dans son étude publiée en 1952 Yojigen no bi : jômon doki ron (Le Beau dans ses 4 dimensions : au sujet de la poterie Jômon), publié en 1952, il redécouvre la poterie préhistorique Jômon de l’archipel japonais à travers les yeux d’un artiste ayant une formation en ethnologie, arguant que cette poterie, qui n’était auparavant évaluée que pour sa valeur archéologique, était d’une beauté inégalée dans les autres pays.
Dans l’évolution historique de l’art japonais, la notion de wabi-sabi, qui est venue avec le courant bouddhique lui-même venu de l’étranger, l’accent porté sur l’harmonie, ou l’esthétique de la modernité occidentale, ont pris une valeur hégémonique. Mais à l’origine, il y avait la beauté dynamique du Jômon, un art quadridimensionnel, irrationnel, destructeur d’équilibre, qui de fait était très réminiscent de l’art contemporain qu’il avait ressenti à Paris avant-guerre, qui renversait les anciennes valeurs de beauté.
Convaincu que l’esthétique Jômon subsistait dans le Tôhoku (nord-est), à Hokkaidô et à Okinawa, loin des centres politiques et religieux, Tarô a utilisé ses connaissances en ethnologie pour couvrir les festivals et autres coutumes populaires dans diverses régions, et a continué à communiquer leurs valeurs uniques d’une « nouvelle tradition », par ses photographies et ses articles destinés à un large public. Le pouvoir de la créativité est omniprésent dans nos vies et que chacun peut enrichir son existence en intégrant la perspective et le comportement d’un artiste dans sa vie quotidienne, en décidant d’être un artiste et en affirmant ses propres valeurs.
« L’art est une explosion »
Ce sont ces idées qui ont pris forme et ont donné naissance à la « Tour du Soleil » ou « Mythe de demain ». Pour définir l’essence de l’art, Tarô a forgé l’expression « L'œil qui vole à travers l’univers ».
Pour définir le cadre de notre réalité, il faut la considérer depuis une perspective, l’univers, qui s’écarte de l’humain et du monde. L’artiste travaille avec des objets différents de soi, comme la peinture, la toile, la pierre ou l’argile. Cependant, au cours du processus de création, nous sommes tellement absorbés que nous nous unissons de manière irrationnelle à l’objet que nous sommes en train de créer. Tel est le véritable sens de « l’art est une explosion ».
Mais une fois que la création est achevée et qu’elle est devenue une œuvre d’art, elle redevient objectivement autre. Grâce à l’art qui est à la fois soi et autre, nous avons la possibilité de sortir de nous-mêmes et du monde, de briser les frontières de celui-ci et de changer ses valeurs de fond en comble. C’est pourquoi, même après sa mort, l’expression d’Okamaoto Tarô a continué à posséder un attrait universel, même dans notre ère moderne de stagnation.
(Photo de titre : Jiji)

