Pourquoi le Japon se démarque

Les amateurs occidentaux ont certainement le sentiment que la photographie japonaise est unique en son genre. En cause, une sorte d’exotisme de l’Extrême-Orient, qu’on ne peut nier, avec l’image du « Fuji-yama », ou de la geisha… Même les œuvres d’Araki Nobuyoshi sont appréciées en tant que représentation d’un certain « japonisme ».

Pourtant, si vous observez ce qui se fait dans les autres pays de l’Asie de l’Est, Chine, Corée, ou Taïwan par exemple, vous y trouverez d’autres façons de voir, d’autres regards. Nous sommes proches sous plusieurs aspects, et néanmoins quelque part différents. Une certaine expression s’est développée un peu en avance au Japon, et que les autres pays ne peuvent encore exprimer. C’est de ce point de vue-là que le Japon est considéré comme un modèle.

Si la photographie asiatique s’y met sérieusement et vigoureusement, je pense qu’elle pourrait connaître de grands bouleversements. Ces dix dernières années déjà, l’environnement du domaine de l’image a changé de façon spectaculaire dans les pays d’Asie orientale, à la faveur du développement économique. À mon avis, il ne sera pas étonnant de voir apparaître assez vite une sorte de « resto-photo » comme le mien quelque part en Asie.

En Amérique latine, un mouvement comme celui du « réalisme magique » s’est puissamment infiltré en littérature, comme en art et en photographie. Les artistes sud-américains ont adapté de bout en bout jusqu’à faire leurs les mouvements artistiques occidentaux, et ont donné naissance à un style d’un grand dynamisme et d’une grande originalité. Je crois que l’on peut dire la même chose de la photo au Japon. Quand la photographie japonaise est présentée en Occident, elle est généralement accompagnée d’une mise en contexte d’un point de vue occidental, mais je ne pense pas qu’il soit nécessaire de plonger Araki ou Moriyama Daidô dans un tel contexte. L’ambiance magnétique de Tokyo est suffisamment productive pour elle-même. Elle donne naissance à des photographies d’un genre exceptionnel.

Une photo souvenir trouvée sur la bibliothèque du « resto-photo Megutama ». De gauche à droite : Moriyama Daidô, Araki Nobuyoshi, Iizawa Kotaro. (Photo : nippon.com)

Je travaille actuellement à une synthèse historique de la photographie au Japon, mais je m’intéresse aussi à une synthèse de toute la photographie en Asie, essentiellement celle de l’Asie de l’Est. Chaque pays est différent, certes, mais de même que la figure de la littérature « latino-américaine » en Amérique du Sud, nous possédons un milieu et une culture communes, d’où émergent la vision d’une « photographie asiatique ». Quel est le concept commun qui réunit les photographies de tous ces pays ? J’attends de trouver le mot clef. Mais impossible de le faire seul, bien entendu. Le moment venu, le Musée métropolitain de la photographie de Tokyo, qui vient juste de rouvrir, pourrait jouer un rôle prépondérant. Il devrait répondre aux attentes du monde de la photographie, non seulement au Japon, mais dans toute l’Asie.

(D’après un texte original de Matsumoto Tomoki, T&M Projects. Photo de titre : Takahashi Munemasa)

Photo : nippon.com

Resto-photo Megutama

Adresse : 3-2-7, Higashi, Shibuya-ku, Tokyo (7 minutes de la gare d’Ebisu)

Heures d’ouverture : de 12 h à 22 h

Fermé le lundi et les jours fériés

Site web (uniquement en japonais) : http://megutama.com