Une industrie initialement développée pour la survie

Comment l'industrie de la métallurgie de Tsubame a-t-elle connu un développement aussi exceptionnel, alliant l'artisanat traditionnel à la technologie des machines la plus récente ? Pour le comprendre, Saitô Yûsuke, le conservateur en chef du Musée de matériels industriels de Tsubame nous explique ce qu’il faut tout d'abord faire : « vous devez comprendre la géographie de la région. »

En haut à gauche : le Musée de matériels industriels de Tsubame. En haut à droite : le conservateur en chef Saitô Yûsuke explique l'histoire de la métallurgie dans la région. En bas : une salle d'exposition dans le nouveau bâtiment du musée.

L'industrie prend ses racines dans la géographie de la région, explique Saitô Yûsuke. « La Shinano qui traverse la plaine de Niigata est le plus long fleuve du Japon. Son cours descend une pente jusqu'à Tsubame, où il se stabilise soudainement. Tsubame est entourée par la Shinano et ses affluents, et c’est à cause de cela qu’elle a été frappée par des inondations presque chaque année jusqu'à ce que le canal de dérivation de Ôkôzu soit construit en 1922. Cela rendait la riziculture difficile et les fermiers, acculés, n'avaient d'autre choix que de prendre le travail des métaux comme activité secondaire pour survivre. Une fois que vous savez cela, il est beaucoup plus facile de comprendre les caractéristiques de Tsubame. »

À Tsubame, les premiers clous japonais ont été fabriqués dans la première moitié du XVIIe siècle. Au début du XVIIIe siècle, on commença à y produire des râpes et des limes, et plus tard, au même siècle, des pipes en métal et des objets en cuivre Tsuiki. L'industrie des clous japonais ayant connu un déclin avec le début des importations de clous de style occidental à l'ère Meiji (1868-1912), ces artisans ont été absorbés dans d'autres industries. Suite à la déclaration de la Première Guerre mondiale, la Russie demanda à Tsubame de fabriquer de l'argenterie, l'Allemagne, qui avait produit la plus grande partie de la vaisselle utilisée en Russie jusque-là, étant devenu un pays ennemi. Les formes de base pour les cuillères et autres ustensiles ont d'abord été créées par des artisans de cuivre de Tsuiki. Les artisans qui produisaient les pipes ont ensuite mis en application leurs techniques de ciselure, prenant en charge les pièces ornementales et fabriquant des matrices pour la production de masse. C’est comme cela que la fabrication de la vaisselle de style occidental a vu le jour, a prospéré et a permis l'expansion de la technologie de traitement de l'acier inoxydable de la région.

« Les techniques de polissage utilisées pour la fabrication des pipes ont été appliquées aux cuillères, plus tard aux iPods, et plus récemment au silencieux pour Nissan GT-R », explique Saitô Yûsuke. « Quand une industrie décline en raison de l'évolution des époques, c’est souvent la région entière qui en pâtit. Mais si Tsubame a continué à utiliser ses technologies d’antan, elle n'a pas trop insisté sur la tradition. Au contraire, elle s'est habilement adaptée aux défis des nouvelles industries. Je pense que cela est dû au fait que notre industrie métallurgique a commencé comme un moyen de survie. »

Exposition de pipes au Musée de matériels industriels de Tsubame. Les artisans de la région maîtrisaient des techniques allant de la création des formes dans le métal, en passant par le ciselage, jusqu’au polissage afin que des œuvres comme celles-ci puissent voir le jour.