La fête du setsubun

Setsubun, littéralement « division saisonnière », était le nom utilisé pour désigner le dernier jour de chacune des quatre saisons. Par la suite, le calendrier japonais a fait commencer l’année au risshun (le début du printemps), et le terme setsubun en est venu à s’appliquer uniquement au dernier jour de l’hiver. À setsubun, la coutume veut qu’on lance des graines de soja grillées pour attirer la chance et repousser le mal, représenté par les oni (ou démons). Après quoi les gens mangent le nombre de graines correspondant à leur âge en guise de prière pour une bonne santé.

Les sanctuaires et les temples du Japon perpétuent tout un éventail de traditions de setsubun. Au Naritasan Shinshô-ji de la préfecture de Chiba et au Sensô-ji de Tokyo, les personnages importants qui partagent le même signe du zodiaque de cette année-là sont invités à jeter une grande quantité de graines.

Les lutteurs de sumô Hakuhô et Takayasu jettent des graines de soja lors du setsubun au Naritasan Shinshô-ji de Narita, dans la préfecture de Chiba, le 3 février 2020. (Jiji)
Les lutteurs de sumô Hakuhô et Takayasu jettent des graines de soja lors du setsubun au Naritasan Shinshô-ji de Narita, dans la préfecture de Chiba, le 3 février 2020. (Jiji)

Chaque année a sa direction propice, appelée ehô, désignée conformément à un cycle de 60 termes associant les 12 animaux du zodiaque et les cinq éléments traditionnels. À chaque setsubun, la coutume veut qu’on fasse face à la direction propice et qu’on mange un gros rouleau maki appelé ehômaki.

Les gens qui se livrent à cette pratique sont sensés manger l’intégralité de leur ehômaki en silence tout en se concentrant sur le vœu qu’ils formulent pour l’année concernée. On dit que cette coutume trouve son origine dans la pratique traditionnelle de l’ehômairi, une visite de Nouvel An à un sanctuaire ou un temple situé dans la direction propice. (Voir notre article : Le Japon au fil du calendrier : les traditions du mois de janvier)

La tradition des ehômaki est issue, semble-t-il, d’une coutume apparue au XIXe siècle chez les négociants d’Osaka et destinée a souhaiter la réussite en affaires. En 1977, une association de grossistes de nori (algues séchées) d’Osaka a lancé une campagne de promotion des ehômaki, qui a été reprise par les commerces de proximité et s’est étendue à l’intégralité du territoire japonais

(De gauche à droite) Des graines de soja, un masque de démon (oni) et des rouleaux ehômaki.
(De gauche à droite) Des graines de soja, un masque de démon (oni) et des rouleaux ehômaki.

Le yaikagashi, une autre tradition du setsubun, veut qu’on embroche la tête d’une sardine grillée sur un brin d’olivier sacré et qu’on suspende le tout à l’avant-toit de l’entrée principale de la maison. La raison de cette pratique est la croyance que les odeurs putrides et les objets pointus agissent comme un sortilège contre les mauvais esprits.

Une décoration yaikagashi : une tête de sardine embrochée sur un rameau d’olivier sacré.
Une décoration yaikagashi : une tête de sardine embrochée sur un rameau d’olivier sacré.

Le buri (sériole japonaise)

Le buri, ou sériole japonaise, est désigné au Japon par des noms qui diffèrent selon les étapes de sa croissance. Dans la région du Kansai (Osaka et ses environs), on l’appelle tsubasu, hamachi, mejiro et, pour finir, buri. Dans le Kantô (Tokyo et ses environs), on l’appelle wakashi, inada, warasa et, quand il arrive à maturité, buri. Cette dernière appellation s’applique au poisson lorsqu’il atteint approximativement l’âge de quatre ans. Il se prête à diverses recettes, dont le kanburi (buri d’hiver), le sashimi, le ragoût accompagné de radis daikon ou le pot-au-feu buri-shabu.

Buri (à gauche) ; sashimi de buri d’hiver
Buri (à gauche) ; sashimi de buri d’hiver

Le mizuna

Ce légume-feuille était jadis cultivé en buttes et sans engrais, simplement en faisant couler de l’eau entre les levées de terre, d’où son nom, mizuna, qu’on peut traduire par « légume d’eau ». Du fait qu’il est principalement cultivé à Kyoto, on l’appelle aussi kyôna, qui veut dire « légume de Kyoto ». On le servait traditionnellement en pot-au-feu ou mariné, mais, du fait que son amertume et son parfum ont la capacité d’éliminer les odeurs de viande et de poisson, on l’utilise aussi dans la cuisine occidentale. Sa texture croquante en fait en outre un ingrédient idéal pour les salades.

Mizuna (à gauche) ; harihari-nabe, un pot-au-feu garni de mizuna et de porc.
Mizuna (à gauche) ; harihari-nabe, un pot-au-feu garni de mizuna et de porc.

(Article supervisé par Inoue Shôei, chercheuse sur le calendrier et auteure, prêtresse shintô, professeure invitée à l’université Tôhoku Fukushi. Photo de titre : arbres couverts de givre sur les pistes de ski du mont Zaô, dans la préfecture de Yamagata. Toutes les photos : Pixta, sauf mentions contraires.)