La promenade d’Ozu

Ozu avait le projet de construire une autre villa de montagne en plus du Mugei-sô. Un site avait été trouvé et les matériaux de construction préparés. Cependant, le projet n’a jamais été réalisé, à cause du cancer qui emporta Ozu dans l’après-midi du 12 décembre 1963, le jour de son 60e anniversaire. Si la maison dont il avait rêvé n’a jamais été bâtie, le bois n’a pas été gaspillé et a été utilisé par Yamanouchi Hisashi, scénariste et mari de Reiko, la fille de Noda, lors de la construction d’un pavillon de montagne.

La « promenade d’Ozu », passe par une pinède, un village forestier et une large rivière avant d’atteindre un cerisier isolé. Ce cerisier solitaire se dresse sur une colline dans une vaste forêt, entourée d’une vallée encaissée où, il y a des milliers d’années, les hommes de la civilisation Jômon prospéraient déjà. On dit que c’est à cet endroit qu’Ozu et Noda ont trouvé le titre de Printemps précoce (1956).

Panneau d'information expliquant que le visiteur emprunte la Promenade d’Ozu Yasujirô et Noda Kôgo.
Panneau d’information expliquant que le visiteur emprunte la Promenade d’Ozu Yasujirô et Noda Kôgo.

Cerisier solitaire

Quand Ozu et Noda se réveillaient de leur sieste d’après déjeuner, ils se promenaient le long de leur itinéraire habituel jusqu’à ce cerisier. Parfois, Shizu, la femme de Noda, leur fille Reiko ou des amis en visite, les accompagnaient. Ces promenades constituaient une partie essentielle de la vie d’Ozu en tant que réalisateur.

Si le quotidien de la vie est caractérisé par sa continuité étale et monotone, la forêt, elle, est marquée par le changement incessant des saisons. En été, elle est d’un vert intense, dorée en automne, et en hiver, d’un blanc argenté. Après avoir traversé un simple pont de bois sur la rivière, la vallée remonte et quelques pas plus haut, un cerisier solitaire et gratifiant les attendait. Peu importe que ce ne soit pas toujours la saison des cerisiers en fleurs. Le cerisier solitaire est toujours aussi paisible et magnifique.

Au pied du tronc se trouve un petit sanctuaire appelé « Jûgosha », entouré de nombreuses bouteilles de saké. Ce lieu est dédié à une divinité, mais il est possible que le saké ait été offert par des cinéphiles en pèlerinage autour des sites sacrés d’Ozu, une façon de rendre hommage à son amour du saké…

Ozu et Noda assis devant le cerisier solitaire sur les hauteurs de Tateshina. (Photo avec l'aimable autorisation du Shin-Unko-sô)
Ozu et Noda assis devant le cerisier solitaire sur les hauteurs de Tateshina. (Photo avec l’aimable autorisation du Shin-Unko-sô)
Le cerisier où Ozu et Noda avaient l'habitude de s'asseoir (photo prise au début de l'automne 2023).
Le cerisier où Ozu et Noda avaient l’habitude de s’asseoir (photo prise au début de l’automne 2023).

Une paisible station thermale

Des photographies et des documents montrent qu’Ozu et Noda ont souvent visité les sources chaudes de la station Shinyu Onsen, qui se trouvait sur l’itinéraire de leur promenade. Le nom Shinyu Onsen apparaît également dans le « Journal de Tateshina ».

La station thermale Shinyu Onsen est en activité depuis plusieurs siècles. C’était entre autres là qu’au XVIe siècle le seigneur de guerre Takeda Shingen envoyait ses soldats blessés pour se refaire une santé. De nombreux cinéastes ou acteurs invités par Ozu et Noda à Tateshina ont également séjourné à Shinyu Onsen et ont apprécié les bains dans les eaux curatives.

La station actuelle Shinyu Onsen, fondée en 1926, dispose d’un salon-bibliothèque riche de 30 000 livres, où vous pouvez profiter d’un moment de lecture tranquille, un verre à la main.

Vue extérieure de la station thermale Shinyu Onsen
Vue extérieure de la station thermale Shinyu Onsen
Vue intérieure du Shinyu Onsen
Vue intérieure du Shinyu Onsen