Pour Deneuve, un personnage froid et hautain

La Vérité ©2019 3B-Bunbuku-MI MOVIES-FRANCE 3 CINEMA
La Vérité ©2019 3B-Bunbuku-MI MOVIES-FRANCE 3 CINEMA

La Vérité suit l’histoire de Fabienne (Catherine Deneuve), une célèbre actrice à la longue carrière qui publie son autobiographie. Pour l’occasion, sa fille Lumir (Juliette Binoche), qui habite aux États-Unis, revient en France avec sa famille. Lumir travaille comme scénariste à New York et son mari Hank (Ethan Hawke) est un acteur jouant dans des séries télévisées. Leur fille Charlotte rencontre sa grand-mère pour la première fois de sa vie. Lumir découvre que l’autobiographie comporte de nombreux mensonges qui ravivent d’anciens conflits mère-fille. En parallèle, Fabienne doit jouer dans un nouveau film avec une jeune actrice prometteuse, Manon (Manon Clavel), comparée à Sarah, une actrice décédée dans des conditions tragiques et qui a été une amie proche et rivale de Fabienne.

Les actrices, les doubleuses et le réalisateur lors de l'avant-première japonaise de La Vérité. De gauche à droite : Miyazaki Aoi, Catherine Deneuve, Miyamoto Nobuko, Juliette Binoche, Sasaki Miyu et Kore-eda Hirokazu (photo prise par Watanabe Reiko).
Les actrices, les doubleuses et le réalisateur lors de l’avant-première japonaise de La Vérité, le 3 octobre au cinéma Toho de Roppongi Hills. De gauche à droite : Miyazaki Aoi, Juliette Binoche, Miyamoto Nobuko, Catherine Deneuve, Sasaki Miyu et Kore-eda Hirokazu (photo : Watanabe Reiko)

La Vérité est un drame à l’intrigue finement ciselée qui se déploie autour des dialogues entre les personnages. Au centre de l’histoire, il y a Fabienne, incarnée par la grande Catherine Deneuve. Fabienne est une véritable diva qui n’a d’intérêt que pour son métier – et elle-même –, et qui se comporte sans se préoccuper des sentiments de ceux qui l’entourent. Elle n’est sauvée que par les traits d’humour qui accompagnent ses propos, sans quoi le public n’aurait que peu d’empathie pour elle. Miyamoto Nobuko et Miyazaki Aoi, qui ont doublé respectivement les voix de Fabienne et Lumir dans la version japonaise, discutent du rôle de Fabienne avec Kore-eda.

— Au début du film, il y a une scène où un journaliste interview Fabienne lors de la publication de son autobiographie. Les spectateurs comprennent d’emblée qu’elle est une grande actrice. Comment vous êtes-vous servi de vos entretiens avec Deneuve pour construire ce rôle ?

KORE-EDA : Dans le film, le journaliste demande à Fabienne quelle actrice lui a le plus fortement transmis son ADN, ce à quoi elle répond : « En France, je ne vois vraiment pas qui... ». Cette scène est directement tirée de nos discussions. Dans la réalité, je lui ai ensuite demandé s’il y avait quelqu’un à l’étranger, ce à quoi elle a répondu : « Kate Winslet et Naomi Watts ».

MIYAZAKI : C’est bien de la grande Catherine Deneuve de pouvoir sortir des noms comme ça... Moi je ne suis absolument pas dans la même position qu’elle, alors je n’y ai jamais pensé.

KORE-EDA : Seule une actrice unique comme Deneuve, au sommet du cinéma français depuis près de 60 ans et ayant une confiance totale en elle-même, serait capable de donner une telle réponse.

Miyamoto Nobuko, qui prête sa voix au personnage de Fabienne dans la version japonaise de La Vérité.
Miyamoto Nobuko, doubleuse de Catherine Deneuve

— Fabienne estime que tant qu’elle donne des prestations convaincantes en tant qu’actrice, elle peut se permettre de mal se comporter en tant que mère ou amie. Que pensez-vous de cette manière de voir les choses ?

MIYAMOTO : Pourquoi ne pourrait-il pas y avoir certaines personnes qui pensent comme elle ? Je la comprends, même si je suis différente (rires). Je tente de me faire discrète dans la vie de tous les jours. Avant d’être actrice, je me considère comme une simple personne. C’est en pensant comme cela que je peux me donner entièrement dans mon travail d’actrice.

MIYAZAKI : C’est un genre de personne que je n’avais jamais rencontré auparavant. Il y en a peu comme cela au Japon.

MIYAMOTO : En effet, je n’en ai jamais rencontré non plus.

KORE-EDA : Je me demande comment une telle personne pourrait vivre au Japon (rires).

MIYAMOTO : Le personnage de Fabienne doit être très marqué, sans quoi le film serait moins intéressant. J’aimerais bien traiter les gens autour de moi comme elle le fait (rires). Même si je sais que je n’en serais jamais capable. Sa fille et son entourage souffrent vraiment dans le film !

— Fabienne et Lumir ont une relation mère-fille très houleuse. Quelle a été votre expérience de doublage, en particulier pour les scènes où elles s’échangent des répliques acerbes ?

MIYAZAKI :  Il y a une définitivement une différence culturelle. Personne ne parle de manière aussi franche et directe au Japon. Je n’ai jamais connu ce genre de relation parent-enfant, aussi bien personnellement qu’autour de moi. Personnellement, c’était une façon complètement nouvelle et surprenante de communiquer, même si j’étais un peu surprise à l’idée qu’il existe des gens aussi directs dans leur manière de parler.

Miyazaki Aoi, doubleuse de Juliette Binoche
Miyazaki Aoi, doubleuse de Juliette Binoche

— Quels aspects du film ont été influencés par le fait de tourner avec des Français ?

KORE-EDA : Certains éléments de l’histoire proviennent de discussions avec les acteurs et le reste de l’équipe, qui m’expliquaient comment un Français se comporterait dans une situation ou une autre. Au Japon par exemple, un couple en visite chez l’une de leurs familles s’abstiendrait de dormir dans le même lit. Mais on m’a dit que c’était complètement normal en France, donc j’ai modifié la scène. À un moment donné, Fabienne demande même à sa fille : « Alors, combien de fois vous l’avez fait la nuit dernière ? ». C’est un dialogue que je ne pourrais pas écrire si on était au Japon !