Les tâtonnements du retour
Quelques mois à peine après son retour, Kazuki peint une toile intitulée La Pluie. Le tableau porte en sous-titre : « Vaches ». Cette œuvre est généralement considérée comme le premier opus de ce qui deviendra la série « Sibérie ».
L’année suivante, de même, il peint Enterrement, opus 2 de la série « Sibérie ». Dès son retour, et jusqu’à la fin des années 40, Kazuki s’est essayé à mettre en peinture son expérience de la guerre et de sa détention.
Or, au début des années 50, à la place des réminiscences de ses expériences atroces, ce sont des plantes, des animaux, des représentations de son atelier, ou des éléments de son quotidien qu’il peint. En particulier, Kazuki apprécie les motifs de légume, poisson ou de viande posés sur la table de la cuisine ou sur une chaise. Au point que tout au long des années 50, il sera surnommé « le peintre de la cuisine ». Et alors qu’il avait repris à son retour ses nuances de pâle et son atmosphère mélancolique d’avant-guerre dans ses premières toiles, celles des années 50 changent drastiquement de couleurs : ce sont des tons chauds, et une simplicité non teintée d’humour qui caractérisent dorénavant ses traits.
Les parents de Kazuki ayant divorcé pendant son enfance, il avait été élevé par son grand-père. Sans doute s’exprimait ainsi pour lui la valeur inestimable de ce bonheur ordinaire et modeste passé auprès de son épouse et de ses enfants. L’attention donnée aux petits détails insignifiants du quotidien, dans des couleurs claires et vives, est en quelque sorte le discours qu’il se fait à lui-même pour se convaincre que les temps sombres sont terminés. Kazuki rentre alors dans une phase de pleine satisfaction en tant que peintre. Et même si son style n’atteint pas une puissance d’expression réellement convaincante pendant cette période, il est clair que ce processus de recherche par tâtonnements plus ou moins réussis n’a pas été sans joie. Car le peintre vit corps et âme à l’intérieur du monde de la peinture.
Cependant, Kazuki ne pouvait pas rester éternellement « le peintre de la cuisine ». Dans la seconde moitié des années 50, sa palette abandonne les tons chauds pour se tourner vers des nuances aux dominantes plus sombres. C’est à la fin des années 50 que le noir et les couleurs terre, caractéristiques de sa dernière et principale période, émergent véritablement. En 1959, comme si le barrage qu’il avait colmaté tant bien que mal jusqu’alors lâchait tout à coup, il réalise
la 3e toile de la série Sibérie.





