Le problème de l’éducation sexuelle dans les cours d’éthique
Dans le cas de ce lycée, le Conseil d’éducation métropolitain de Tokyo a réprimandé l’école pour avoir introduit prématurément des sujets qui ne coïncidaient pas avec le niveau de développement des enfants, mais le Conseil d’éducation d’Adachi a réfuté cette affirmation. Dans ce contexte, les directives révisées du Conseil d’éducation métropolitain de Tokyo pour l’éducation sexuelle, publiées en 2019 pour la première fois, reconnaissent qu’une éducation sexuelle allant au-delà des Normes nationales du curriculum peut être mise en œuvre avec l’approbation des parents.
Pourtant, Mme Hashimoto voit un problème dans les nombreux exemples donnés dans les directives d’éducation sexuelle mises en œuvre dans les classes d’éthique.
« Je juge qu’il y a des problèmes avec chacun des huit éditeurs de manuels d’éthique du collège approuvés par le gouvernement. Prenons par exemple le manuel d’éthique pour les lycées publics, publié par Nihon Kyôkasho, un éditeur étroitement lié à Nippon Kaigi, un groupe ultranationaliste. Ce manuel d’éthique – que, soit dit en passant, Tokyo a décidé de ne pas utiliser dans ses écoles – a une section intitulée “Rôles dans la vie”, qui raconte l’histoire d’une mère.
Un jour, elle doit être interviewée pour une promotion au travail. Les deux parents travaillent dans cette famille et la grand-mère qui habite à proximité s’occupe généralement de leur plus jeune enfant, élève d’école élémentaire, pendant la journée. En ce jour important, cependant, la grand-mère tombe malade et doit être transportée à l’hôpital. Le père dit qu’il doit aller travailler et la fille aînée, étudiante à l’université, doit aller à l’école pour faire une présentation. La mère téléphone à son entreprise pour annuler l’entretien de promotion en disant : “Il semble que j’ai un autre rôle à jouer.” La jeune fille de la famille, collégienne, se demande ce que peut bien être cet “autre rôle”.
Le message est le suivant : les tâches ménagères, la garde d’enfants et les soins infirmiers des parents âgés sont plus importants pour une femme que sa carrière. Ceci est totalement en contradiction avec les concepts d’égalité des sexes et de diversité du Guide technique international de l’Unesco sur l’éducation sexuelle. »
Un retard dans la promotion des droits de l’homme au Japon
Les faits biologiques et scientifiques sur la sexualité mentionnés plus haut et le concept d’égalité des sexes sont absents de l’éducation sexuelle au Japon, déclare Hashimoto Noriko. L’égalité des sexes est un concept central des normes mondiales établie par le Guide de l’Unesco. L’incapacité du Japon à enseigner ce concept est évidente dans un certain nombre de domaines.
« Il y a quelques années, la Thaïlande a introduit une politique permettant aux couples mariés de choisir d’avoir des noms de famille différents. Ce n’est toujours pas autorisé au Japon. À l’instar de l’approbation des pilules contraceptives orales, le Japon est à nouveau le dernier pays des Nations Unies à approuver une telle politique. »
« Le médicament Viagra a été rapidement approuvé pour traiter la dysfonction érectile chez les hommes, mais il a fallu beaucoup de temps avant que les pilules contraceptives soient approuvées. Comme on peut le voir dans l’exemple du manuel d’éthique cité plus haut, il existe un néoconservatisme, apparu pour la première fois dans les années 1970, qui attribue les maux économiques du Japon à un déclin de la morale, et prône un retour aux valeurs traditionnelles conservatrices. Ce qui correspond parfaitement à l’intérêt néolibéral de la recherche du profit. »
Mme Hashimoto poursuit : « Ces gens veulent réduire la sécurité sociale. La famille devrait être le filet de sécurité, disent-ils, et les femmes devraient se sacrifier pour la famille. Mais cette perception de la société va totalement à l’encontre de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes qui appelle à la fin des rôles fondés sur le sexe. »
La Convention a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1979, est entrée en vigueur en 1981 et a été ratifiée par le Japon en 1985. Plus tard, en 1999, un amendement a été ajouté qui permettait aux individus de faire appel directement au Comité des Nations Unies pour l’élimination des discrimination à l’égard des femmes lorsque leurs droits, tels que stipulés par ce traité, ont été violés et qu’elles n’ont pas pu obtenir de recours dans leur propre pays. Hashimoto Noriko note cependant: « Il s’agit d’un protocole facultatif, et le Japon est le seul pays développé à ne pas l’avoir encore ratifié. Si le Japon avait signé ce protocole, il serait possible de faire appel aux Nations Unies pour que le pays donne aux couples la possibilité de conserver chacun leur nom de famille après le mariage. »
Que signifie ce genre de retard dans la promotion des droits de l’homme au Japon ?
« Le Guide de l’Unesco affirme que l’éducation sexuelle, de la petite enfance à l’âge adulte, peut déterminer le bonheur d’une personne tout au long de sa vie. Le fait de ne pas dispenser une éducation sexuelle appropriée entrave le développement et le bonheur individuel. Si les choses continuent telles qu’elles le sont actuellement, le Japon va se retrouver isolé au sein de la communauté internationale. »
(Reportage et texte de Kuwahara Rika, de Power News. Photo de bannière : les accusés de l’École spéciale de soutien de Nanao brandissent des banderoles montrant la décision du tribunal en leur faveur devant la Haute Cour de Tokyo, le 16 septembre 2011.)
