Une ruée sur la construction hôtelière

De son point de vue, la manière dont la ville aborde la construction d'hôtel est moins heureuse. Le maire actuel a déclaré lors d'une conférence de presse en novembre dernier que la ville ne soutiendrait plus sans conditions l’établissement de nouveaux hôtels. Jusqu'à présent, la politique de la ville partait du principe qu'elle n'avait pas assez de chambres pour les clients, et l'objectif était d'attirer de nouveaux hôtels. Cela a entraîné une ruée sans précédent de nouvelles constructions. En mars 2019 (derniers chiffres disponibles), il y avait à Kyoto 46 000 chambres d'hôtel, 50 % de plus qu'en 2016 !

M. Murayama explique : « Le retour sur investissement des hôtels, qui est plus élevé que celui des immeubles résidentiels ou des bureaux, a conduit les promoteurs hôteliers à se livrer bataille pour acheter les terrains mis en vente dans le centre de la ville. L'augmentation des prix du foncier commercial de Kyoto a été la plus rapide au Japon, dépassant même celle de Tokyo. »

Il estime que la stratégie de la ville, qui est de concéder des baux fonciers aux promoteurs et aux acteurs hôteliers de Tokyo ou de l'étranger pour des terrains municipaux de première qualité, a amplifié cette tendance. Il cite l'exemple d'une ancienne école primaire créée à l'époque Meiji (1868-1912) grâce à des dons de la population locale. Les habitants actuels critiquent l'idée de mettre ce site à la disposition de sociétés privées, entre autres parce qu'ils s'inquiètent de la disparition de ce lieu qui avait déjà servi de lieu d'évacuation en cas de désastre naturel.

La population diminue, les touristes augmentent

Malgré ce boom immobilier et les dépenses des touristes dans la ville, Kyoto est une des rares grandes villes japonaises dont la population décline. Elle compte aujourd'hui à 1,47 million d'habitant, 0,6 % de moins qu'en 2015. Par contraste, celle de plusieurs collectivités territoriales des environs, particulièrement dans la préfecture de Shiga, a progressé. Pour M. Murayama, cela s'explique en grande partie par le départ de jeunes familles qui s'en vont pour acquérir un logement à un prix abordable.

La plupart des étudiants la quittent à la fin de leurs études, faute d'emplois attractifs sur place. M. Murayama y voit une conséquence du coût et de rareté relative des bureaux, qui font que les sociétés ont du mal à avoir des succursales à Kyoto.

« Kyoto est souvent perçue comme une ville touristique, mais le tourisme ne représente que 10 % de l'activité économique. À la différence de Hawaï et d'Okinawa dont l'économie tourne autour du tourisme, l'industrie manufacturière, les services et l'immobilier sont importants ici. »

« La politique de promotion du tourisme du gouvernement japonais et de la préfecture de Kyoto n'est pas une erreur. Je suis tout à fait d'accord avec elle lorsqu'il s'agit de promouvoir le développement de régions peu industrialisées. Mais Kyoto a un fort potentiel de développement dans des activités autres que le tourisme », ajoute-t-il.

Un problème plus grave est que ce boom touristique n'a pas conduit à une augmentation des revenus. La plupart des emplois créés sont des emplois non permanents, dans les hôtels et les restaurants. Les revenus fiscaux de la ville, loin d'augmenter, sont plutôt en baisse par rapport à il y a dix ans. Les réserves de la municipalité sont les plus basses parmi les 20 villes les plus importantes du pays. Si Kyoto connaît de telles difficultés financières, c'est aussi parce que les temples et les sanctuaires, nombreux ici, sont dispensés de payer l'impôt foncier et l'impôt sur le revenu que leur procurent les droits d'entrée payés par les visiteurs.

Tout cela engendre chez de nombreux habitants de Kyoto le sentiment de ne pas bénéficier du tourisme. D'après une enquête publiée par le quotidien local Kyoto Shimbun le 18 juin 2019, 70 % des habitants de la ville sont favorables à une limitation du nombre de touristes. Un commentaire exprimait le sentiment général : « On s'appuie trop sur 'la marque Kyoto'. Les infrastructures et les capacités d'accueil ne sont pas à la hauteur, et même si l'augmentation du nombre de touristes entraîne une croissance de l'économie, les habitants ne la ressentent pas. »