À Kyoto, où le nombre de visiteurs étrangers ne cesse d'augmenter, les infrastructures urbaines et touristiques ont presque atteint leurs limites. Lutter contre les nuisances du Airbnb ou les mauvaises méthodes du tourisme de masse, taxer les temples et sanctuaires, disperser les touristes ailleurs, etc., les mesures effectives ne manquent pas. Nous en parlons avec Murayama Shôei, ancien conseiller municipal de la ville et auteur de « Le jour où le tourisme fera disparaître Kyoto » (Kyoto ga kankô de horobiru hi).
Un tourisme aux effets néfastes
Kyoto s'est métamorphosé durant la dernière décennie à cause de l'afflux de touristes. En 2019, plus de 30 millions de visiteurs sont venus au Japon, et en dix ans, le nombre de touristes étrangers à Kyoto est passé de 500 milles à 8 millions. En 2018, la ville a accueilli 52 millions de visiteurs, japonais et étrangers, qui y ont dépensé un total estimé à 1 300 milliards de yens en hébergement, repas et achats divers. Étant donné que près d'un tiers d'entre eux y passe au moins une nuit, la ville voit chaque soir sa population augmenter d'environ 15 %.
Cette progression rapide du tourisme a de nombreux effets secondaires. Les transports sont saturés de voyageurs chargés de bagages volumineux. Les touristes courent après les geishas dans les rues pavées pour les prendre en photo. Certains d'entre eux jettent leurs déchets dans les temples et les sanctuaires où ils s'attardent. Ils troublent le calme de paisibles quartiers résidentiels. Peut-être parce que ce tumulte leur déplaît, le nombre de Japonais visitant Kyoto a commencé à baisser en 2016.
Mentionnons aussi la hausse rapide des prix de l'immobilier entraînée par les investissements dans la construction hôtelière et l'hébergement privé. Les habitants de Kyoto ne peuvent plus s'y loger, et des commerces implantés de longue date dans la ville en sont chassés.
Comment les autorités de la ville doivent-elles réagir face à ces nuisances touristiques qui ne cessent de s'aggraver ? Les médias locaux parlent souvent de villes européennes qui ont connu le même problème, comme Venise, Amsterdam ou Barcelone. Les manifestations et des initiatives de boycott qui s'y sont produites les ont conduites à prendre des mesures pour mieux réguler le tourisme et le taxer. L’ancienne capitale du Japon les imitera-t-elle ?
Les troubles causés par les logements Airbnb japonais
En décembre 2019, nous avons discuté de tout cela avec Murayama Shôei, cet ancien conseiller municipal candidat au poste de maire lors des élections de février prochain. La réforme du tourisme est un des grands axes de sa campagne.
Selon lui, « la ville a été trop lente à s'attaquer aux aspects négatifs du tourisme et à faire les investissements qui s'imposaient en matière d'infrastructures. Aujourd'hui les nuisances causées par le tourisme atteignent un niveau jamais vu. Si rien n'est fait, le nombre de visiteurs japonais dans la ville continuera à décroître et les sentiment anti-touristes de ses habitants, eux monteront d’un cran. »

Dans le livre écrit par Murayama Shôei, « Le jour où le tourisme fera disparaître Kyoto », il est expliqué que la ville a été novatrice dans le domaine du tourisme moderne. La première Agence du tourisme du Japon s'est ouvert dans la gare de Kyoto en 1927. Trois ans plus tard, la municipalité a créé une direction du tourisme. La question des nuisances touristiques est apparue il y a quelques années seulement.
Les habitants de l'ancienne capitale perçoivent un sérieux problème dans le concept du minpaku, c'est-à-dire la location de courte durée à des voyageurs de logements et d'appartements situés en ville. Ce système a connu un grand succès grâce à des sites comme Airbnb. Même si la location par des personnes privées d'une pièce de leur logement n'est pas en soi un problème, l'arrivée sur ce marché de promoteur et d'investisseurs qui sont allés dans certains cas jusqu'à acheter des immeubles entiers pour le louer ainsi en est un.
Ce mode d'hébergement a fait que les touristes qui ne se rendaient auparavant que dans les lieux où il y avait quelque chose à voir et dans les quartiers commerçants se sont répandus dans les quartiers résidentiels. Les habitants de Kyoto ont commencé à se plaindre du bruit des valises que les arrivants tirent quand ils débarquent en pleine nuit, et de leurs coups de sonnettes intempestifs lorsqu'ils se trompent de maison. Le fait que les propriétaires d'appartements dédiés à la location touristique ne collaborent ni n'adhèrent aux associations de voisinage est un autre sujet d'irritation.
La ville a réagi avec fermeté. En 2017, elle a pris une ordonnance municipale d'une grande sévérité en matière d'hébergement privé. Elle stipule notamment que la location saisonnière dans les quartiers résidentiels n'est autorisée que de janvier à mars (alors qu'au niveau national, elle est autorisée 180 jours par an). De plus, cette ordonnance exige la présence, 24 heures sur 24, d'un gérant sur les lieux loués ou dans leur proximité immédiate.
Certains acteurs de la location saisonnière ou de l'hébergement privé ont dû abandonner leurs activités parce qu'ils étaient incapables de respecter ces conditions. M. Murayama approuve la manière dont a réagi la ville. Pour lui, elle a pris le parti des habitants et a de fait éliminé en partie ce système minpaku, ce qui leur a permis de retrouver leur quotidien.
(Voir notre article lié : L’Airbnb japonais se soumet à de nouvelles règles très strictes)