Quel fut leur vie ?
La série d’articles intitulée « La Décadence du ôoku sous le shôgun Ienari » laisse à penser qu’après Ienari (1773-1841), les règles édictées ont connu de nombreuses dérogations. Ainsi, dans le gynécée pour la fête des Filles (Hina-matsuri) qui a lieu en mars, il était coutume d’installer dans la salle du trône de luxueuses figurines sur un présentoir à douze niveaux, mais les proches des femmes d’intérieur étaient en fait autorisées à venir les admirer. Ienari profita de l’occasion pour choisir parmi les parentes en visite celles qu’il allait élever au rang de favorites.
Murayama Maseko, précédemment mentionnée, relate que le 14e shôgun (Iemochi, 1846-66), aurait également dit avoir remarqué « une jeune fille de 17 printemps » lors d’une « audience publique », or ce type d’audience n’avait pas lieu dans le « jardin privé » qui servait normalement de cadre à la sélection des prétendantes (il pourrait s’agir ici d’un site dans Edo, hors du palais).
Après Ienari, le protocole semble donc s’être un peu relâché.
Les favorites se retiraient quand leur « époux » venait à mourir et qu’un nouveau shôgun lui succédait. Elles se rasaient alors la tête, entraient dans les ordres et changeaient de prénom pour prendre un nom bouddhique finissant en « -in ».
On relève plusieurs cas de figure.
- Si elle avait donné naissance à un fils destiné à être le nouveau shôgun → elle pouvait continuer de vivre dans le ôoku du quartier Hon-maru au château d’Edo.
- Si elle avait donné naissance à un fils qui ne succéderait pas au shôgun → elle pouvait emménager dans le ôoku du quartier Ni-no-maru au château d’Edo.
- Si elle avait eu une fille → elle déménageait soit dans le ôoku du quartier Ni-no-maru au château d’Edo soit dans la résidence impériale de Sakurada
- Si elle n’avait pas eu d’enfants (et donc n’avait pas le titre de favorite) → elle déménageait dans la résidence impériale de Sakurada
La résidence impériale de Sakurada accueillait les favorites retirées. On voit sur le plan de la ville d’Edo, que cette « résidence de nonnes (bikuni) » se trouvait à l’emplacement de l’actuel parc Hibiya.
Le sexe de l’enfant à qui elle donnait le jour décidait du destin des favorites. Même en cas d’un enfant mâle, leur sort changeait encore selon que le garçon soit promis ou non à succéder au shôgun. Le système était très hiérarchisé.
Mais on peut dire que les jeunes femmes choisies par le shôgun menaient tout de même une vie privilégiée car elles étaient prises en charge par le shogunat jusqu’à la fin de leurs jours.
(Photo de titre : sur l’estampe intitulée « Jeunes femmes passant l’entretien pour devenir favorite » (Musume Omemie-zu), on voit à droite une favorite accompagnée de sa servante, elle est assise et semble soumettre le kimono qu’elle a cousu en attendant l’évaluation de l’épouse légitime du shôgun. Collections de la Bibliothèque nationale du Japon)

