Le droit de savoir
Iwasaki Mieko, directrice de la branche d’Osaka de l’Association pour l’avancement des soins familiaux, a été assistante sociale pendant plus de 50 ans. Son organisation, à but non lucratif, qui vient en aide aux enfants adoptés et aux parents adoptifs, reçoit chaque année de nombreuses demandes de la part d’adultes qui ont été adoptés et qui veulent en savoir plus sur leurs parents biologiques. Elle ajoute que certains ne réalisent qu’ils ont été adoptés que quand ils ont à leur tour des enfants et comparent le livret de famille de leur enfant avec le leur. D’autres ont très tôt des doutes mais n’en parlent jamais avec leurs parents adoptifs. Iwasaki Mieko ne voit pas cette culture d’un bon œil. Pour elle, cette situation rend difficile pour les enfants adoptés d’aborder le sujet.
Iwasaki explique qu’il y a un moyen pour les enfants adoptés de retrouver la trace de leur famille biologique, en effectuant des recherches dans les registres familiaux. Au moment de l’adoption, un nouveau registre familial est créé pour l’enfant au même endroit où les parents biologiques sont enregistrés, sous le nom de famille des parents adoptifs et avec l’enfant qui apparaît en tête du registre. L’enfant est ensuite ajouté au registre des parents adoptifs. Si l’enfant souhaite en savoir plus sur ses parents biologiques, il peut demander un certain nombre de documents depuis l’ancien registre, qui lui donnera des informations sur ses parents biologiques. Ce système préserve le droit de savoir des enfants adoptés à rechercher leurs parents biologiques et à retrouver leurs racines.
Cependant, si les parents biologiques changent par la suite de registre familial ou si l’un des deux est inscrit sur un autre registre familial au terme d’un mariage par exemple, il n’y a alors plus aucun moyen de retrouver leur nouvelle adresse ou leur nom de famille. L’amendement de 2008 à la Loi sur le registre familial renforce les protections entourant les informations personnelles. Il devient en outre plus difficile d’obtenir des informations sur le registre familial concernant des parties tierces, même celui de ses propres parents biologiques. Certains enfants adoptés ont essuyé un refus de la part de membres du personnel du bureau municipal, ces derniers ne prenant pas même la peine d’écouter leur histoire. La quantité d’informations à laquelle peuvent avoir accès les enfants adoptés diffère selon que leur mère biologique a ou non changé de registre familial et le degré de compréhension du système par la personne qui les reçoit.
« Si tous les enfants adoptés ne cherchent pas à retrouver leurs parents biologiques, nombre d’entre eux ont besoin de savoir qui étaient leur père et leur mère biologiques afin de se sentir complet », explique Iwasaki. « Un enfant a le droit de savoir d’où il vient. Il faut changer la façon dont le système de registre familial est appliqué afin de protéger le droit de savoir des enfants adoptés. »
Et à l’étranger ?
En dehors du Japon, de nombreux enfants adoptés ont raconté leurs expériences, comment ils ont essayé de retrouver leur famille biologique. Alex Gilbert a été placé dans un orphelinat russe avant d’avoir été adopté par un couple en Nouvelle-Zélande. Il avait deux ans. Aujourd’hui, il dirige l’association à but non lucratif I’m Adopted. Basée sur la toile, cette association permet aux enfants adoptés de Nouvelle-Zélande, ou d’autres pays, de se rencontrer et de partager leurs histoires. Alex Gilbert possède également une chaîne YouTube et un podcast du même nom, et aide les enfants adoptés à découvrir leurs origines.
Alex avait 18 ans lorsqu’il a décidé de rechercher ses propres racines. Avec de l’aide, il retrouvé ses parents biologiques. Il est parti à leur rencontre en Russie lorsqu’il avait 21 ans. Le père biologique d’Alex ne savait pas qu’il avait un fils jusqu’à ce qu’Alex entre en contact avec lui.
Pour Alex, il est clair que c’est à l’enfant adopté de choisir s’il veut ou non retrouver sa famille biologique. « Chacun devrait faire ce qu’il veut », dit-il, soulignant l’importance de pouvoir compter sur le soutien d’amis ou autres. Il ajoute que les enfants adoptés ne devraient entamer des recherches que lorsqu’ils sont prêts. « Soyez préparé à ce que vous trouverez. Et soyez aussi préparé à ne rien trouver, parce que cela peut arriver. »
Alex explique que grâce à I’m Adopted, il a pu entrer en contact avec d’autres enfants adoptés comme lui et ainsi étendre son réseau, notamment en faisant la connaissance de chercheurs et de personnes spécialisées dans les adoptions. Il se réjouit de pouvoir parler avec des enfants adoptés japonais. « Il est important que nous soyons connectés, quel que soit notre pays d’origine. L’entraide est la meilleure chose qui soit. »
(Texte rédigé avec l’assistance éditoriale de Power News. Photo de titre : [de gauche à droite] Yûsuke, Ayumu et Ryûki. Avec l’aimable autorisation d’Origin44. Toutes les photos : © Gotô Eri, sauf mentions contraires)

