Le martyre ou l’apostasie ?

Des rumeurs selon lesquelles Ferreira aurait « chuté » après avoir été torturé par le shogunat parviennent à Goa et Manille, les bastions de l’Église catholique romaine en Asie à l’époque. Cependant, de nombreux prêtres et moines ont démenti ces informations et plusieurs jeunes prêtres ont été envoyés au Japon pour vérifier les faits.

Finalement, ils ont eux-mêmes été capturés et ont été martyrisés ou ont apostasié, mais Endô attire l’attention sur ce fait historique et compose son récit.

L’époque se situe peu après la répression de la rébellion de Shimabara. Un prêtre portugais, Rodrigo, s’infiltre au Japon malgré l’interdiction. Son but est de retrouver le missionnaire Ferreira. Il accoste dans le village de Tomogi et rencontre les « chrétiens cachés », mais est trahi par le lâche laïc Kichijirô et se fait capturer, ce qui le place face au choix du martyre ou de l’apostasie…

La région de Sotome (préfecture de Nagasaki), qui a servi de modèle au village de Tomogi, cadre principal de l'histoire de Silence.
La région de Sotome (préfecture de Nagasaki), qui a servi de modèle au village de Tomogi, cadre principal de l’histoire de Silence.

L’intérêt de Martin Scorsese pour Silence

Silence a été publié par la maison d’édition Shinchôsha en 1966 et traduit en anglais en 1969. Finalement traduit en 13 langues et publié dans plus de 25 pays, il est considéré comme une œuvre majeure de la littérature japonaise d’après-guerre.

D’un autre côté, l’Église catholique romaine a montré une réaction extrêmement négative lors de sa sortie. Le contenu du livre, dans lequel un prêtre foule une image sainte, était si controversé qu’il a été considéré comme un livre presque interdit à Nagasaki.

Version française de Silence
Version française de Silence

Dans la salle d’exposition permanente du musée littéraire Endô Shûsaku, sous le titre « Messages à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance de Endo Shusaku », des célébrités de divers domaines ayant un lien avec Endo ont écrit leurs souvenirs. On y voit le nom de Martin Scorsese, l’un des maîtres de l’industrie cinématographique américaine.

Le réalisateur a grandi dans une famille italienne sicilienne et, enfant, il voulait devenir prêtre. La foi est un thème important pour lui aussi, et il a été tellement impressionné par Silence qu’il avait le désir d’en faire un film dès la fin des années 1980. Il a réfléchi à la façon d’exprimer plus fidèlement le message d’Endô et c’est au bout de 28 ans que son film du même titre est sorti, en 2017.

Le réalisateur Martin Scorsese et Murakami Shigenori, l’un descendant des « chrétiens cachés », lors d'une conférence de presse au Japon pour le film Silence, en janvier 2017. (Jiji Press)
Le réalisateur Martin Scorsese et Murakami Shigenori, l’un descendant des « chrétiens cachés », lors d’une conférence de presse au Japon pour le film Silence, en janvier 2017. (Jiji Press)

Penser au soleil couchant

Le musée littéraire Endô Shûsaku a été inauguré en mai 2000, quatre ans après la mort de l’auteur, pour présenter la vie et les souvenirs d’Endô Shûsaku. Y sont exposés ses objets personnels préférés, des manuscrits, et sa bibliothèque.

Endô, qui était fasciné par la région de Sotome, son histoire et sa culture uniques, a visité la région à de nombreuses reprises après avoir écrit Silence, et a déclaré que c’était « un endroit que Dieu avait gardé pour moi ».

L’un des spectacles qu’il appréciait le plus était le coucher de soleil sur la mer de Sumônada. Lorsque vous ouvrez la porte du salon attenant au hall d’exposition, vous êtes accueilli par une vue spectaculaire sur la mer à travers les grandes baies vitrées. Les visiteurs sont invités à s’asseoir confortablement sur un canapé dans ce salon et profiter du paysage.

Devant le coucher de soleil qui colore l’horizon, la pensée que le coucher de soleil était certainement aussi beau il y a 400 ans vient automatiquement. On imagine à quoi Ferreira, Rodrigo et les chrétiens de Sotome pensaient et priaient chaque jour en regardant le soleil couchant.

Depuis le salon du musée littéraire, le soleil se couche sur la mer de Sumônada. Avant sa mort Endô a déclaré : « Cette mer s'étend jusqu'au Portugal. »
Depuis le salon du musée littéraire, le soleil se couche sur la mer de Sumônada. Avant sa mort Endô a déclaré : « Cette mer s’étend jusqu’au Portugal. »

Pour accéder au musée littéraire en bus : depuis la gare routière située en face de la gare de Nagasaki, prenez le bus en direction de Sakura-no-sato Terminal. Au terminus, prenez celui en direction de Oseto / Itanoura. Après une heure et vingt minutes de route, descendez à l’arrêt « Bungaku-kan Iriguchi » (« Musée littéraire ») : une mer étincelante s’étale devant vous.

(Photo de titre : le soleil couchant au-delà du Musée littéraire Endô Shûsaku. Toutes les photos sont de Nippon.com, sauf mentions contraires.)