Désigné « Trésor national vivant » pour sa fusion de techniques
Une fois ses trois ans et demi d’études à Kyoto terminées, Tsuchiya rentre s’installer chez lui, dans la ville de Seki, dans la préfecture de Gifu.
« Je suis rentré pour des raisons financières. Joindre les deux bouts en tant qu’artiste était compliqué, et ce n’est que bien plus tard que j’ai pu y arriver. »
Dans sa trentaine, il produit des tissus selon la technique du tsumugi-ori qu’il avait apprise à l’atelier de Shimura. À partir de 40 ans, il se met à utiliser de la soie brute non décreusée pour produire du suzushi (soie grège), en tissage simple et presque transparent.
« J’ai commencé à tisser la soie parce que j’adore tout ce qui est transparent, et c’est ce qui m’a aussi mené au monsha. J’apprécie l’élégance, le chic. Quand j’étais enfant, une ancienne geisha donnait des cours de koto dans mon quartier, et j’admirais la façon dont elle portait le kimono. »
Ayant appris les bases du kasuri chez Shimura, il continue de se perfectionner depuis. Son kimono baptisé Ayu no Se (Banc de poissons ayu) tissé en alliant les techniques du kasuri et de la soie grège remporte le Prix du président de l’exposition annuelle de l’Association Kôgei du Japon en 1996, pour « une technique et une originalité remarquables ». Il avait alors 42 ans.
« La trentaine a été une époque très audacieuse pour moi. J’avais l’impression de pouvoir concrétiser mes envies créatives. Mais tout ça n’était pas très sérieux. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse des études d’une manière ou d’une autre. Au seuil de la quarantaine, je me suis impliqué dans l’Association Kôgei du Japon où beaucoup d’artistes exposent leurs réalisations, et qui œuvre à la promotion et la préservation de l’artisanat traditionnel. »
Pendant deux ans après avoir gagné le Prix du président en 1996, Tsuchiya a participé aux formations proposées par l’Association à ses adhérents, et il a étudié sous Kitamura Takeshi (1935-2022) qui avait été désigné Trésor national vivant pour le tissage de gaze ra en 1995, et de nouveau pour le tissage de brocart tate-nishiki en 2000.
« J’ai étudié une dizaine de techniques de tissage mais c’est le monsha qui m’attirait le plus et je m’y suis consacré pleinement. C’est à ce moment que je me suis rendu compte que le kasuri et le monsha se complémentaient. »
Cette fusion très particulière du kasuri et du monsha reçoit de nombreux éloges et, en 2006, un kimono baptisé Gekka Keiin (Le bruit d’un ruisseau sous la lune) présenté à l’exposition annuelle de l’Association Kôgei du Japon reçoit le Prix du ministère de l’Éducation. En 2010, Tsuchiya est désigné Trésor national vivant pour le monsha.
« Recevoir cet honneur n’a rien changé pour moi. Je continue de créer selon mon inspiration et mes envies. C’est tout à fait possible que je me fasse réprimander parce que les œuvres que je présente à l’exposition annuelle sont un peu trop extravagantes ! »
En 2010, l’Agence des affaires culturelles évalue l’œuvre de Tsuchiya en félicitant « le style très particulier né de la fusion des deux techniques traditionnelles du kasuri et du monsha, qui a permis de conférer une élégance et une luminosité uniques à ses créations ».
« Je déborde encore de créativité »
Tsuchiya a toujours été animé par ce qu’il aime, le théâtre kabuki, le style vestimentaire des geishas, les couleurs de la nature, et le monsha. Ces éléments lui permettent de s’exprimer en toute liberté et en toute pureté,
Depuis quelques temps, il se sent attiré par les possibilités de tisser deux variétés de fils de chaîne teints de manière aléatoire, et qui offrent des résultats au-delà de ce que l’on pourrait imaginer. « Le Pavillon aux pivoines » est un exemple de ce genre de création. Les œuvres présentées à l’exposition annuelle de l’Association Kôgei du Japon évoquent autant de nouvelles idées.
« Je n’avais qu’une vague image en tête et je n’avais rien planifié. Je prends un immense plaisir à créer les choses qui me font envie en ce moment. Je déborde encore de créativité, et je pense que je suis encore loin de flétrir ! »
(Interview et texte de Sugihara Yuka et Power News. Photo de titre : Tsuchiya Yoshinori avec son œuvre Le pavillon aux pivoines, présentée en 2023. © Baba Keisuke)



